Luxembourg"Si la fermeture des restos dure, je n'ai aucune chance de survie"

Maurice Fick
"Si la fermeture des restaurants dure plus longtemps que mars, je n'ai aucune chance de survie", assure Mich Herber. Son chiffre d'affaires a dégringolé. Les effets de la crise Covid dans l'Horeca se font ressentir bien au-delà du secteur.
© Maurice Fick / RTL

"Nous travaillons pour les restaurants. Ils sont fermés. Pour qui voulez-vous qu'on travaille?", interroge l'air grave Mich Herber, patron de Herberlux. Depuis des décennies, la société vend et installe tout l'équipement et le matériel dont ont besoin les chefs dans leur cuisine professionnelle: feux ouverts, fours, planchas mais aussi chambres froides ou lave-vaisselle à tunnel.

Mais ça, c'était avant. Avant que n'arrive sur la nappe la pandémie du covid-19 à l'origine de la fermeture des tables. A Strassen, le fournisseur des grands chefs et des petits restos est fermé pour cause de "chômage technique du 01/12/2020 au 15/01/2021" comme affiché sur la porte du magasin, route d'Arlon. Concrètement, des six salariés, un seul dépanne encore la clientèle durant huit heures... dans la semaine.

"en 2020, la perte de notre chiffre d'affaires va au-delà de 60% par rapport à 2019"

Fermés depuis le 26 novembre, restaurants et cafés, le resteront jusqu'à la mi-janvier 2021. La nouvelle loi Covid adoptée mardi au parlement, prolonge d'un mois le confinement partiel au Luxembourg. Au grand désarroi du secteur de l'Horeca. Mais pas seulement. Car des milliers d'emplois induits dépendent directement du secteur.

"Si demain l'Horeca devait licencier 2.000 personnes, dans l'économie sous-jacente 1.600 emplois seraient également détruits", explique François Koepp, secrétaire général de l'Horesca qui vient de tirer la sonnette d'alarme. Le secteur emploie 20.000 personnes au Luxembourg.

LES FACTURES RENTRENT AU COMPTE-GOUTTE

Depuis son bureau sombre au téléphone muet, Mich Herber "palpe" depuis des mois le pouls de la crise profonde qui frappe le secteur. "Quelques jours avant le deuxième confinement partiel, je n'ai plus eu les paiements de factures. Elles rentrent désormais au compte-goutte. Mes bons clients paient en deux ou trois fois. Malgré les circonstances, ils manifestent un certain sérieux". Sous-entendu d'autres font le mort.

A la trancheuse à pain professionnelle quasi négociée, un très grand pâtissier de la place a finalement "préféré acheter cinq couteaux pour couper le pain à la main. D'une affaire de 11.000€ , je suis passé à 60€ TTC", raconte le patron de Herberlux qui a des anecdotes semblables plein la hotte. Comme le remplacement de quatre thermocouples au lieu de la vente d'une cuisinière wok ou encore le dépannage mensuel d'un frigo professionnel qui devrait être changé.

© Maurice Fick / RTL

"Si on n'a pas la confiance, on n'a pas le cœur à prendre des décisions d'investissement dans de nouvelles cuisines. Ce n'est pas du tout ce que ciblent mes clients actuellement. Ils se demandent simplement: où serai-je le 1er février ?", Mich Herber, témoin du climat d'insécurité qui plane.

Il en paye les conséquence puisqu' "en 2020, la perte de notre chiffre d'affaires va au-delà de 60% par rapport à 2019", pose-t-il. Lundi il a dû faire un plan de redressement. Le patron avoue avoir injecté "tous les mois des fonds privés dans la société pour rester à flot et garder en vie les emplois". Mais en cette fin 2020, il doit se rendre à l'évidence: "Si la fermeture des restaurants dure plus longtemps que mars, je n'ai aucune chance de survie".

"CHAQUE JOUR EST UNE VICTOIRE"

D'autres métiers dépendants directement de l'Horeca sont en grande difficulté car "comme nous sommes des prestataires, nous n'avons pas reçu les mêmes aides", explique Ligia Sousa, gérante de DL Pressing qui emploie deux personnes. Installé rue de la Paix à Luxembourg-Ville, le pressing qui d'ordinaire lave et repasse nappes et serviettes pour les restaurants vit un moment "horrible" en cette fin 2020.

"Chaque jour est une victoire!", lance Ligia Sousa avant de glisser: "Je fais une caisse de 50€ ou 100€ par jour avec un loyer de 2.500€ par mois", le calcul est vite fait. Le résultat , s'appelle survie. Pour l'heure Ligia estime à "30 à 40 % la perte de son chiffre d'affaires depuis mars". Ce sont les maisons de retraites qui lui permettent de "tenir debout", comme elle dit.

"Le secteur de l'Horeca souffrira en 2021 de l’effet couplé d’une hausse du coût du travail et d’un manque plus ou moins grave de trésorerie"

L'Horeca "c'est une grande chaîne économique. Si vous broyez un maillon de la chaîne, l'autre ne suivra pas", résume 
François Koepp.

NOUVELLE AIDE VOTÉE CE JEUDI 

La décision de garder fermer cafés et restaurants "touche durement le secteur de l’Horeca. De nombreux établissements se trouvent privés d’une partie importante, voire de l’intégralité de leurs recettes, ce qui se soldera inévitablement par une hausse sensible du nombre de faillites et une augmentation du chômage", a expliqué mardi Carlo Thelen, directeur général de la Chambre de commerce.

Dans son bilan conjoncturel d'une année 2020 plombée par le Covid-19, la Chambre de commerce estime que le "secteur de l'Horeca, comme quasiment tous les secteurs en grande difficulté, souffriront en 2021 de l’effet couplé d’une hausse du coût du travail et d’un manque plus ou moins grave de trésorerie".

Pour l'instant "il y a à peine 1% de faillites de plus que l'année dernière. Les administrations commencent à laisser une certaine tolérance pour les délais de paiement, de sorte qu'on ne voit pas les faillites", explique le secrétaire général de l'Horesca.

Une lueur d'espoir est toute proche pour les trésoreries puisque ce jeudi le projet de loi de la nouvelle aide pour les coûts non couverts dont avait fait état le ministre des Classes Moyennes dans une interview exclusive accordée à RTL 5 minutes, sera soumis au vote des députés.

"Pour la majorité des entreprises ce sera quelque chose de très positif", estime le secrétaire général de l'Horesca. François Koepp, "espère que les chiffres baisseront et qu'avec les mesures mises en place par le gouvernement ça ira mieux".

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