
Pierre Haas dirige actuellement un groupe de recherche à l'Institut Max Planck de Dresde. Le biophysicien s'occupe de la question de savoir comment les systèmes multicellulaires s'organisent, comment, par exemple, des organes complexes naissent de cellules individuelles.
Notre collègue de RTL, Pierre Weimerskirch, a rencontré Pierre Haas à Dudelange. L'interview s'est déroulée autour d'un café, une conversation agréable avec un interlocuteur intelligent, qui ne manque pas d'humour.
La plupart des jeunes sont contents quand ils réussissent "leur première", c'est-à-dire quand ils obtiennent leur diplôme de fin d'études secondaires au Luxembourg. Pierre Haas, lui, a obtenu une moyenne de 60 sur 60. Aujourd'hui, il reste modeste: "Heureusement, les moyennes sont toutes arrondies vers le haut, ce qui signifie qu'il suffit d'avoir 59,1. Et je pense que c'était aussi d'une manière ou d'une autre plus dans ce secteur."
À l'époque, avoir de si bonnes notes était aussi en partie une ambition. Mais grâce à l'entraînement permanent auquel il se soumettait en participant aux Olympiades de mathématiques, il n'avait pas dû réviser pour l'examen de maths de première: "Mais c'était le seul."
Pierre Haas a commencé à participer aux Olympiades de mathématiques en classe de troisième. C'est de là qu'est venue la décision d'étudier les maths. À l'Université de Cambridge, cependant, il a réalisé à un moment donné que les mathématiques ne lui suffisaient pas et comme la biologie avait toujours été sa matière de prédilection, il est devenu biophysicien.
À l'Institut Max Planck, Pierre Haas aimerait apporter une pierre à l'édifice: "D'une certaine manière, pour nous en tant que théoriciens, c'est simplement une possibilité de s'amuser avec les mathématiques, mais en même temps de faire quelque chose qui pourra être utilisé dans la réalité, en biophysique, en biologie et, nous l'espérons, plus tard aussi en médecine."
La question la plus difficile dont nous avons discuté était de savoir ce que fait exactement un biophysicien. Cet exemple concret explique de manière compréhensible cette spécialité relativement complexe:
"Il existe de nombreuses maladies génétiques dans lesquelles les organes ne peuvent pas se former correctement. Il n'est jamais question que la génétique tue quelqu'un. C'est toujours la mécanique où certains signaux génétiques ne sont pas présents. Donc les forces mécaniques adéquates n'existent pas pour former un tissu cellulaire. On peut alors évidemment penser à regarder du côté de la génétique pour guérir ou empêcher de telles maladies. On peut réfléchir si on peut jouer avec la mécanique et simplement appliquer les forces adéquates. Pour y parvenir, il faut toutefois comprendre quelles sont ces forces. C’est ce que nous essayons de faire en développant des modèles mathématiques et en permettant aux biologistes de les tester dans leurs expériences."

L’influence de l’intelligence artificielle se fait sentir partout, dans tous les domaines. Le journalisme connaît également une renaissance et notre quotidien est doucement en train de changer. Pierre Haas considère cette évolution de manière plus sereine: "Le cerveau humain peut répondre à d’autres questions que les machines. Quand je vois une vidéo, je ne peux pas dire quelle équation se cache en dessous. À cela, l'ordinateur peut répondre relativement facilement. L'ordinateur ne peut pas dire: oh, je veux avoir un mécanisme qui contient ces éléments et ensuite je veux arriver à la même équation."
La façon dont tout évoluera désormais est une question de temps. Comme exemple concret, le biophysicien cite "AlphaFound" de Google, un programme qui permet de décrire la structure tridimensionnelle d'une protéine. Il s'agit d'un problème sur lequel les chercheurs ont travaillé depuis 20 ou 30 ans sans avancée majeure. De tels développements numériques sont d’une grande aide pour la recherche.
Pendant son temps libre, Pierre Haas aime lire des romans policiers: "En partie parce qu’ils sont tout simplement bons ou parce qu’ils aident à s’endormir."
Sa deuxième passion est le vélo. À Dresde vous ne pouvez pas passer à côté de la bicyclette. Le biophysicien a un vélo pour aller au travail et un autre pour des sorties plus longues, c'est un vélo Gravel:
"Un vélo Gravel est équipé de pneus légèrement plus larges. C'est toujours comme ça, quand on roule sur les pistes cyclables luxembourgeoises, c'est un revêtement parfait et puis ça s'arrête à un moment donné. En Allemagne, c'est différent. Le réseau est excellent. Toutes les pistes cyclables continuent. Mais la plupart du temps le revêtement n’est plus parfait à un moment donné."
Les mathématiques doivent être mieux transmises à l'école, de manière à ce que davantage de jeunes, particulièrement des filles, s'y intéressent: "C'est simplement que les mathématiques sont le langage dans lequel il est le plus facile de formuler des lois qui décrivent notre monde."
Au cours de toutes ces années, Pierre Haas a appris qu'on trouve rarement une solution à des problèmes complexes, on n'en trouve toujours qu'une partie. Ce qui jette les bases pour d'autres recherches.
