
Beaucoup de gens sont agacés, lèvent les yeux au ciel… mais réagissent-ils ? Rarement.
“C’est un manque de respect, je trouve, envers les autres”, confie un passager du tram. D’autres admettent avoir du mal à intervenir : “Je n’ose pas, mais on préfèrerait dire quelque chose. Mais non… je ne dis rien”
Pour savoir comment les gens réagissent vraiment, une équipe du Magazine de RTL a réalisé un petit test.
Dans un café au Limpertsberg, notre collègue Samantha met la patience des clients à l’épreuve. Elle regarde des vidéos sur son téléphone, le volume au maximum.
Les réactions ne se font pas attendre : regards appuyés, visages étonnés, quelques hochements de tête. " Je n’ai encore jamais vu ça ici ! Dans le train ou le bus, oui, mais ici… ", dit une cliente. Et pourtant, personne ne dit un mot pendant de longues minutes. Même lorsque Samantha passe un appel en haut‑parleur, le silence persiste chez les autres.
Jusqu’à ce qu’un homme ose intervenir : “Je lui ai demandé si elle avait des écouteurs ou si elle pouvait baisser le volume. Pour moi, c’est normal de dire quelque chose.”
Pourquoi, alors, tant de gens préfèrent-ils supporter le bruit plutôt que réagir ? La professeure de psychologie sociale Katharina Schwarz explique que les conflits sont souvent perçus comme un risque : “Nous ne voulons pas entrer en conflit. Nous ne savons pas comment l’autre personne va réagir. Nous avons besoin d’une vraie motivation pour entrer en conflit”. Il faut y ajouter l’effet du témoin (bystander effect) : lorsqu’il y a beaucoup de monde, chacun se sent moins responsable, précise l’experte.
“Dans des situations où nous n’avons pas de normes comportementales bien établies, nous nous orientons sur les autres. On a l’impression que la responsabilité se dilue entre tous. Et avec toutes les personnes qu’il y a autour, je me sens un peu moins obligé d’agir moi‑même.”
Dans le micro-trottoir, tout comme lors des tests en caméra cachée au café et dans le tram, une chose ressort clairement : la plupart des gens souhaitent davantage de respect, surtout dans les transports publics. Dans certaines villes européennes, des initiatives existent déjà pour lutter contre ce type de comportement. A Londres, par exemple, une campagne a été lancée contre les “Headphone Dodgers”, c’est‑à‑dire les personnes qui regardent des vidéos ou écoutent de la musique sans écouteurs. Une campagne similaire a été lancée à Lisbonne, et une autre est en préparation à Dublin.
Le ministère de la Mobilité a été contacté pour savoir comment la situation est gérée au Luxembourg. D’après ses services, les acteurs du transport public au Grand-Duché ont décidé de lancer une campagne de sensibilisation sur ce thème d’ici la fin de l’année.
La Ville de Luxembourg tente également depuis un certain temps de sensibiliser les usagers à un comportement respectueux dans les bus. Depuis 2019, la campagne " Bon comportement dans les bus” est diffusée régulièrement dans les bus AVL. En 2025, elle a été explicitement élargie pour inclure le thème du " volume adéquat dans les bus”.
Ce n’est toutefois pas toujours de l’égoïsme, explique Katharina Schwarz. Parfois, les gens sont simplement absorbés par leur smartphone au point de ne plus se rendre compte du bruit qu’ils produisent. Le contexte social joue également un rôle : “Si [ce comportement] est courant dans son propre entourage, la probabilité est grande qu’on le reproduise soi‑même.”
La solution, elle, est pourtant simple : mettre des écouteurs, ainsi on écoute ce que l’on veut au volume que l’on veut, cela reste un moment privé, et on laisse un peu plus de tranquillité à tous les autres.