Elle est à la tête du ministère le plus directement lié à la crise. Paulette Lenert, ministre de la Santé, a en quelque sorte été elle aussi propulsée en première ligne début 2020.
Ancienne magistrate, mais pas médecin, elle dit avoir géré la crise avec du "bon sens". Ce qui n'était déjà pas forcément simple. "Au printemps, il y avait l'effet de surprise. C'était un état de choc mais j'ai vite cherché à m'entourer des bonnes personnes pour gérer ça. Il y avait beaucoup de choses à organiser, c'était une ruche ici au ministère" se remémore-t-elle.
Malgré l'urgence du premier confinement et l'inconnu dans lequel il était plongé, on retient du Luxembourg d'avoir globalement bien géré le début de la crise. Et quand bien même les interdictions de sortir et les contrôles aux frontières ont fait craindre une pénurie de soignants (car ils sont nombreux à être frontaliers), l'approvisionnement des hôpitaux et l'accueil des patients est resté suffisant. "On a eu la chance de n'avoir jamais été vraiment en rupture de stock. On avait suffisamment, même s'il y a eu des plans d'économie pour bien utiliser le matériel et ne pas le gaspiller."
Après le retour au compte-gouttes "de la normalité" au printemps, l'automne et le début de l'hiver se sont avérés plus compliqués. "L'objectif est de maintenir une certaine normalité. La vie économique a repris, l'école aussi. Et donc on a connu cette prolifération assez impressionnante en quinze jours (fin octobre, ndlr). Comme tous les pays voisins d'ailleurs."
Entre fin septembre et fin décembre, soit trois mois, plus de 370 personnes ont perdu la vie et des milliers de résidents ont été infectés, augmentant ainsi le nombre des hospitalisations. Aujourd'hui encore, le Luxembourg essaie de rattraper ce rebond express de l'épidémie. Via le couvre-feu, puis la fermeture des restaurants, et finalement le verrouillage des commerces non-essentiels et la limitation des contacts pour les fêtes. "C'est une décision douloureuse, ça ne fait plaisir à personne. Mais on a appris qu'il faut vraiment être prudent." Selon elle, une "recrudescence (des cas, ndlr) peut arriver du jour au lendemain". Pire, c'est dans "les fêtes familiales ou avec des amis, même lors de petites occasions, avec moins de cinq personnes" que le virus se propage. "On se sent en sécurité mais c'est une fausse sécurité" explique malheureusement la ministre.
Les deux dernières semaines de décembre sont heureusement plus encourageantes: bien que "différé", "l'effet escompté" des mesures "se manifeste". Ce qui se traduit par une baisse des contaminations et des hospitalisations.
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La campagne de vaccination débutée lundi reste un bon point de départ pour une sortie de crise. Plus de 1.200 soignants et employés des hôpitaux et maisons de soins ont reçu la première de leurs deux injections du vaccin. Un pas en avant vu comme "un vecteur de la fin de la pandémie" par Kevin Nazzaro, un des premiers infirmiers vaccinés, mais il faudra du temps pour assurer une vraie protection à la population.
"C'est certainement le début de la sortie de crise mais il reste un bon bout de chemin" rappelle Paulette Lenert. "Nous n'avons pas un stock énorme de vaccins, ça ne va pas nous sauver maintenant." Hors c'est justement "maintenant", durant les mois d'hiver, que la circulation du virus est forte. "Mais oui, c'est une lueur d'espoir. On l'attendait et j'espère que ça va donner du courage aux gens." À condition, bien sûr, que la population accepte de se faire vacciner: 55% des résidents seulement y sont prêts, selon une étude publiée par science.lu.
Comment convaincre les sceptiques de se faire vacciner et atteindre une immunité suffisamment large? De nombreux citoyens s'alarment aujourd'hui de la rapidité avec laquelle certains groupes pharmaceutiques sont parvenus à développer et commercialiser un vaccin. Bref, la méfiance est au moins aussi grande que l'attente de jours meilleurs."Même si ce vaccin (Pfizer-BioNTech, le seul autorisé dans l'UE au moment de cet interview, ndlr) a été mis rapidement sur le marché, ce n'est pas que la procédure a été moins stricte. C'est juste qu'on a mis beaucoup plus de moyens pour l'accélérer. Mais les exigences de qualité étaient les mêmes." La ministre de la Santé souligne d'ailleurs les efforts de l'Europe et assure avoir "pleinement confiance" en l'Agence européenne des médicaments.

Reste une grande question: quand serons-nous enfin débarrassés de ce virus et de ses conséquences sur notre quotidien? "C'est difficile à dire le temps que ça prendra, car il y a énormément de facteurs inconnus, mais on espère sortir de cette crise l'année prochaine."
Car d'autres projets attendent le ministère de la Santé, qui n'oublie pas les promesses de l'Accord de la coalition. Notamment le bouclage du tiers payant, le "virage ambulatoire" dans les hôpitaux et plus globalement, le développement du plan national de santé. "Ce sera avec plaisir qu'on s'attaquera à ces dossiers une fois la crise terminée."
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