Plaintes, pénurie de médecins...Où en est le secteur médical au Luxembourg?

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Le président du Collège médical luxembourgeois, Robert Wagener, était l'invité de la rédaction ce mardi. Il fait le point sur les dossiers importants du monde de la santé.
© SERGEI GAPON / AFP

Fournir des avis sur les projets de loi et veiller au respect des règles par les médecins, telles sont les principales tâches du Collège médical, a expliqué son nouveau président, le docteur Robert Wagener, mardi sur RTL.

Le Collège médical est l'ordre des médecins, médecins-dentistes, pharmaciens et psychothérapeutes au Luxembourg. "Toute personne travaillant dans l'une de ces quatre professions médicales est obligatoirement membre de l'ordre. Le Collège médical compte actuellement 4.300 membres." Ce qui représente une importante somme de travail. "En 2022, il a eu à traiter 2.600 dossiers, dont 126 plaintes formelles contre des médecins."

La pénurie est aiguë dans les spécialisations où les médecins gagnent moins

À propos de la pénurie de médecins dans plusieurs spécialisations, il faut simplement constater que c'est davantage le cas dans certaines spécialisations.

Nous avons, par exemple, "pratiquement trop de dentistes au Luxembourg et ce n'est pas dû au fait que les dentistes préfèrent le climat au Grand-Duché, mais c'est simplement parce que leur nomenclature est meilleure", regrette le président du Collège médical. Ils sont donc mieux payés pour leurs prestations.

"L'écart entre les spécialisations financièrement attractives et celles qui le sont moins continue de se creuser, avec tous les problèmes que cela implique." C'est pourquoi le Collège médical pense qu'il faut apporter un changement fondamental à ce niveau.

Les médecins doivent pouvoir se réunir en sociétés

Le projet de loi 8013 visant notamment à améliorer l'attractivité des professions médicales et de santé, aurait déjà pu remédier à la pénurie. Ce texte permet aux médecins de se constituer en sociétés civiles.

Il est particulièrement intéressant pour les jeunes qui souhaitent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, de pouvoir travailler en tant qu'employés et de ne pas être obligés d'être indépendants. Au Luxembourg, les possibilités sont très limitées pour les médecins. Soit vous pouvez aller au Centre hospitalier de Luxembourg ou vous travailler pour l'État. Il n'y a pas beaucoup de possibilités en-dehors de celles-là, déplore le docteur Wagener.

Le projet 8013 aurait rendu cela possible, mais il était déjà critiqué au préalable. Il y a certainement "quelques préoccupations légitimes." "La crainte est que cela attire des investisseurs étrangers au Luxembourg et que ces entreprises ne se concentrent que sur l'argent. Mais les investisseurs sont déjà là et ne rien faire n'est pas la solution." Il faut un véritable cadre légal, afin d'empêcher les abus. Par exemple, "l'obligation qu'un médecin gère une telle société." Le Collège médical appelle par conséquent le prochain gouvernement à renvoyer en procédure législative le projet de loi 8013.

Le Collège médical doit être réformé

La fonction disciplinaire du Collège médical, à savoir la surveillance des médecins, est la plus accaparante. "La loi prévoit six niveaux de sanctions pour un médecin qui ne respecte pas les règles déontologiques. En bas de l'échelle, il y a l'avertissement et la réprimande. Ensuite le troisième niveau est l'amende. Puis viennent les sanctions qui concernent l'exercice de la profession", qui vont de la subordination de l'exercice de la profession à des conditions déterminées à la suspension du droit d'exercer pendant une période déterminée et dans les cas les plus graves à la radiation, c'est-à-dire l'interdiction à vie d'exercer.

Le souhait du Collège médical est de "pouvoir prononcer lui-même les peines les moins graves, à savoir l'avertissement et la réprimande, et de ne plus devoir passer par une juridiction. Cela prend souvent trop de temps et ce n'est pas proportionné", car ces sanctions concernent des questions pour lesquelles le médecin en cause ne risque pas une suspension.

"Le Collège médical doit donc être impérativement réformé afin de pouvoir travailler plus efficacement et plus rapidement. Un projet de loi ad hoc traîne depuis des années dans un tiroir du ministère de la Santé. Alors que le projet avait été déclaré prioritaire, il n'a jamais été appliqué", critique le nouveau président. Ce dernier espère à présent que la nouvelle ou le nouveau ministre enverra le projet de loi sur la réforme du Collège médical en procédure législative.

Le dossier du remboursement de la psychothérapie doit enfin avancer

En ce qui concerne globalement la politique de santé, le président du Collège médical demande notamment qu'une convention soit enfin signée entre la Caisse nationale de Santé (CNS) et les psychothérapeutes. Lui-même est psychiatre, mais il siège au Collège médical en tant que psychothérapeute.

Il faut "simplifier l'accès aux psychothérapies, surtout pour les patients qui doivent faire attention à chaque euro." "Actuellement, les patients sont seulement remboursés à 70%. Et payer 30% des honoraires de leur propre poche pour chaque consultation pendant des semaines ou des mois, n'est pas faisable pour beaucoup. Et le tiers payant social n'intervient pas non plus en matière de psychothérapie." Il faut agir, critique le docteur Robert Wagener.

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