
L’Europe est sous pression extrême: il y a le conflit avec la Russie, la Chine qui a l’ambition de devenir le leader mondial technologiquement et économiquement et les États-Unis qui risquent de ne plus être le partenaire amical que nous avions jusqu’à présent, a indiqué Luc Frieden lundi après le sommet informel de Bruxelles sur la défense européenne.
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Ce sommet européen était consacré à la défense et non aux taxes douanières annoncées par Donal Trump, mais ce sujet a été souvent abordé au cours du sommet. Luc Frieden ne pense pas que le Président américain aspire à un conflit commercial. Donald Trump tient davantage a montré la puissance de l'Amérique. "Le Président américain a d'abord cherché le conflit avec ses deux voisins et il l'a fait avec une méthode très typique, en ce sens qu'un jour il dit des tarifs, qu'ensuite les autres réagissent immédiatement et alors il obtient quelque chose et puis il peut à nouveau baisser ses tarifs le deuxième jour. C'est une tactique de négociation à lui."
Annoncer des taxes, quand les partenaires réagissent, à nouveau les abaisser. Il ne faut pas se laisser impressionner par cela. Toutefois si Donald Trump veut instaurer des barrières douanières, il faudra réagir de la même manière. Mais ce n'est pas le but. "Notre objectif est, et je veux le redire, que l'Amérique est un pays avec lequel nous voulons avoir de bonnes relations. Cela s'applique aux Etats-Unis, cela s'applique aussi au Canada, cela s'applique au Mexique. Et pour y parvenir, nous devons aborder cela de manière plus calme, plus stratégique. C'est pourquoi nous n'avions pas hier une séance normale, mais nous avions une retraite sans téléphone, pendant 10 heures, au cours desquelles nous avons beaucoup parlé de géopolitique."
Un conflit commercial ne serait pas une bonne chose et ce n'est pas non plus l'objectif de Donal Trump. Mais il veut montrer que les Etats-Unis sont puissants. Puissante, l'Union européenne l'est aussi et l'Europe doit veiller sur elle-même et être plus indépendante.
"Je veux répéter que nous sommes avec l'Amérique dans l'OTAN. Nous avons eu aussi hier un long entretien avec le secrétaire général de l'OTAN. Nous sommes un continent qui est pour le libre échange, mais un commerce libre et un commerce équitable. Et nous ne devons pas nous laisser impressionner, si les tarifs arrivent, l'Europe réagira. Nous y sommes prêts. Mais ce n'est pas notre but."
Par conséquent, il faut investir massivement dans notre sécurité et dans ce domaine, produire et acheter en Europe. Bien entendu, les Etats-Unis resteront le premier partenaire commercial et en matière de sécurité. Mais nous ne courrons pas derrière les Etats-Unis, selon Luc Frieden.
"C'est cependant un fait que nous avons un certain nombre de pays dotés de systèmes d’armes basés sur les systèmes américains. Il n'est donc pas si simple de passer d'une production de défense américaine à une européenne. Cela dépend donc entièrement du type d’armes dont chacun dispose."
La manière dont cela doit être financé est encore relativement floue. Selon le Premier ministre luxembourgeois, il y a toutefois une tendance générale pour produire et acheter davantage en Europe: "Notre réflexion, puisque nous n’avons pas d’industrie d’armement, est plutôt d'ordre économique. Si nous voulons avoir plus de cette dépense globale qui doit être faite pour la défense, nous avons intérêt à ce que cela crée des emplois en Europe. C'est donc plutôt une solution économique qu'il y a derrière cela."
Des discussions intensives sont prévues dans les mois qui viennent au sein de l'OTAN et de l'UE. Il s'agira principalement de déterminer ce que chaque Etat membre devra accomplir. Le Luxembourg aussi se verra fixer de nouveaux objectifs par l'OTAN en ce qui concerne le matériel et le financement en matière de défense. Face aux défis en termes de sécurité, l'Europe veut collaborer étroitement avec la Grande-Bretagne, a indiqué Luc Frieden dans une interview à RTL: "Nous avons besoin d'alliés, si nous en avons moins à un autre endroit. Alors il faut prendre soin de ses amis, surtout à l'intérieur de l'Europe, l'Europe géographique. C'est pourquoi cet entretien [le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a participé au Sommet informel, ndlt] fut un entretien très agréable, très utile. Et je pense aussi que le Premier ministre Starmer veut bâtir une nouvelle relation avec l'UE. Pas d'adhésion à l'UE, mais notamment sur les questions de sécurité, mais aussi sur des questions comme l'intelligence artificielle et autres, où l'on ne s'arrête pas aux frontières de l'Europe, une étroite collaboration avec nous."