Ouvriers du bâtiment touchés par la criseLuis Paiva: "J'ai dû emprunter de l'argent pour aller chez le médecin"

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Survivre des mois sans salaire, c'est devenu une triste réalité pour un certain nombre de salariés du secteur de la construction plongé en pleine crise au Luxembourg. Des témoignages poignants.
Portrait d'ouvriers touchés par la crise du secteur du bâtiment au Luxembourg
Survivre des mois sans salaire: c'est devenu une triste réalité pour un certain nombre de salariés du secteur de la construction plongé en pleine crise.

Luis Paiva, 54 ans, et son collègue Miguel Sabino, 46 ans, ne perçoivent plus leur salaire depuis l'été dernier. L'entreprise de construction pour laquelle ils travaillent est tout près de la faillite, bien que celle-ci n'ait pas encore été prononcée par un tribunal.

"Août, septembre, octobre, novembre, décembre, cinq mois et les jours de vacances ... tout cela ne m'a pas été payé, jusqu'à présent", explique Miguel Sabino. En sachant qu'il était en arrêt maladie les trois derniers mois de 2023, qui n'ont pas non plus été payés par le patron.

"C'est très grave d'en arriver à un tel point. Ma sécurité financière a disparu, avec nos économies. Dieu merci que nous en avions. Et Dieu merci que ma femme a encore un salaire", dit ce père de deux enfants.

La situation de Luis Paiva est encore plus pénible. Son dernier salaire complet, il l'a touché en juillet dernier, en août, il n'en a eu que la moitié, ensuite plus rien. Il a beaucoup perdu depuis: son argent, son compte-épargne, sa compagne de longue date, son sommeil.

"Des nuits sans dormir"

"Je passe de nombreuses nuits sans dormir. Je prends des pilules, mais elles n'aident pas non plus. Je me sens faible dans ma tête, vraiment faible".

La précarité dans laquelle il vit et un futur incertain, dégradent de jour en jour sa santé mentale.

Pour faire face à la crise, le gouvernement accorde encore jusqu'à fin juillet le chômage partiel à certaines branches d'activités dans le secteur de la construction. Mais on ne peut pas sauver toutes les entreprises avec cela, selon Tom Meyer, responsable du département du dialogue social au ministère du Travail. Certaines sont déjà trop proches de la faillite. Il faut rester réaliste et accepter qu’on ne peut pas rattraper toutes les entreprises et tous les travailleurs.

Pour être déclarée en faillite, une entreprise doit remplir trois conditions. Il doit s'agir d'une entreprise et pas d'une asbl. Il faut qu'il y ait défaut de payement des salaires, des factures ou des impôts. Et l'entreprise ne doit plus pouvoir obtenir de crédits des banques ou de ses fournisseurs. Mais même si ces trois conditions sont remplies, une faillite n'est pas automatiquement prononcée.

Il faut encore qu'une de ces trois démarches ait été entreprise: un aveu de faillite de la société elle-même, une assignation en faillite d'un créancier, ou une décision directe du tribunal s'il dispose de suffisamment d'informations. Ce n'est qu'une fois la faillite déclarée, que le curateur reprend les commandes.

Et ce n'est qu'à ce moment-là aussi que la loi prévoit que l'Etat intervient comme garant et garantit des indemnités aux salariés (mois de la faillite, mois suivant et la moitié du préavis), qui sont toutefois plafonnées à environ 16.000 euros bruts.

Un montant qui est souvent dépassé par les mois de salaires impayés jusque-là aux salariés concernés.

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