Jeudi se tient l’Industry Day de la FEDIL, la Fédération des industries luxembourgeoises. Le principal thème abordé sera celui de l’autonomie stratégique du Luxembourg et de l’Europe. Dans ce contexte, l’Union européenne avait lancé en mars l’"Industrial Accelerator Act", qui identifie quatre chantiers prioritaires à mettre en œuvre, a expliqué jeudi sur RTL René Winkin, directeur de la FEDIL. Selon lui, il faut avant tout stimuler les investissements et chercher à attirer également des investisseurs externes à l’Union européenne.
Parmi les autres priorités figurent toujours la numérisation et la simplification administrative, afin d’accélérer les procédures. Il s’agit également de désigner des zones spécifiques dans lesquelles les activités industrielles dans certains secteurs pourraient être autorisées plus rapidement. Enfin, le concept de "Buy European" est également mis en avant. Celui-ci vise à instaurer une préférence pour les produits européens dans certains domaines ou dans le cadre des appels d’offres publics.
"Cela n'a pas de sens de vouloir tout avoir ici, en Europe. Nous sommes dépendants dans trop de domaines", estime le directeur de la FEDIL. Il déplore toutefois que l’Europe, et le Luxembourg voient leur "dépendance relative" s’accentuer. Selon lui, ces dernières années, l'Europe est devenue encore plus dépendante des producteurs et fournisseurs asiatiques ou américains. L’objectif est désormais de relocaliser davantage la production de certains biens stratégiques en Europe, soit via des entreprises européennes, soit via des investisseurs étrangers produisant sur le territoire européen.
Dans le cas d’investisseurs étrangers, l’idée serait que les entreprises concernées comptent une participation européenne d’au moins 50 %. "Reste à voir si ce sera aussi simple à mettre en œuvre." Quoi qu’il en soit, il juge essentiel d’accélérer les efforts dans les secteurs de la défense, de la santé et du numérique. Il s'agit d'infrastructures critiques. C’est particulièrement dans le domaine numérique que des signaux d’alerte apparaissent. À titre d’exemple, l’entreprise américaine Anthropic aurait annoncé à un moment donné que son offre d’intelligence artificielle ne serait plus accessible qu’aux Américains. "Cela ne sert à rien de nous plaindre de l’avance prise par les États-Unis ou par d’autres. Nous devons veiller à les rattraper." Il convient donc, selon lui, d’examiner ce que dit la législation européenne, si elle freine ou favorise la poursuite rapide de l’innovation dans le domaine de l’intelligence artificielle, pour renforcer l’Union européenne.
L’une des valeurs importantes de la Fedil est l’ouverture. C’est pourquoi René Winkin met en garde : "Il ne faut pas sombrer dans le protectionnisme. L’objectif doit être très clairement de renforcer notre résilience." Selon lui, de telles mesures ne devraient être appliquées que de manière sélective dans certains domaines, et peut-être seulement à titre temporaire, jusqu’à ce que l’Europe ait développé les capacités nécessaires. Cependant, cela n’aurait aucun sens si, parallèlement, on ne mettait pas en œuvre un agenda de compétitivité c'est-à-dire rendre les produits européens de nouveau plus performants. Il faudrait également respecter le principe de réciprocité.
Le directeur de la Fedil donne un exemple : "Si nous disions maintenant que nous limitons les aides aux voitures électriques fabriquées en Europe et que, par exemple, la Corée du Sud dirait : 'nous accordons aussi des aides aux voitures électriques si elles proviennent d’Europe', nous devrions veiller à cette réciprocité. Nous devons tenir compte de nos partenaires commerciaux. Et cela doit s’inscrire dans l’ensemble de la structure." L’invité explique que si certains opérateurs étaient exclus du marché européen, tout deviendrait également plus coûteux, car les industries vivent en fin de compte aussi d’un certain niveau de concurrence.
En matière de compétitivité, le principal problème pour l’industrie européenne reste, selon René Winkin, le coût élevé de l’énergie. Il estime également que l’Union européenne n’est toujours pas parvenue à généraliser la tarification du CO2. Cela demeure une particularité propre à l’Europe. Une réforme du système d’échange de quotas d’émission est certes prévue, mais à terme, toutes les entreprises devraient acheter des quotas à un coût élevé. Il s’agirait d’une charge supplémentaire que leurs concurrents dans d’autres régions du monde n’ont pas à supporter. "Ce n’est pas un plaidoyer contre une politique climatique. Ce n'est pas à un plaidoyer que nous devons parvenir, mais à généraliser ce système et à instaurer des conditions de concurrence équitables." Par ailleurs, la surréglementation reste un autre problème important au sein de l’Union européenne. Selon lui, l’Europe peine encore renverser la vapeur en cette matière.