LuxembourgLes ventes de diesel se sont totalement effondrées cette année

Raphaël Ferber
Le diesel est le carburant qui subit le plus les conséquences de la crise du covid, de la guerre en Ukraine et de la politique du gouvernement, au Luxembourg.
© GEML

Le coup de pompe du diesel se confirme au Luxembourg. Et les chiffres sont édifiants. Selon le Groupement Pétrolier Luxembourgeois (qu'il faut dorénavant appeler le Groupement Énergies Mobilité Luxembourg, soit le GEML), les volumes de ventes de diesel ont chuté de 21% entre 2019 et 2020, mais également de 21 % entre 2019 et 2021. Et si l'année 2022 n'est pas encore achevée, on se dirige tout droit vers des chiffres encore plus impressionnants.

Depuis le mois de juin 2022, les ventes de diesel se sont ainsi effondrées chaque mois, jusqu'à septembre. Dans le détail, il n'y a qu'en février et en mars (de peu), que le diesel s'est davantage vendu en 2022 qu'en 2021. Bref, le diesel est la principale victime de la crise du covid et de la guerre en Ukraine, dans les stations-service du Luxembourg.

"Les cinq premiers mois ont été positifs (ndlr: par rapport à l'année 2020), c'est dire à quel point les mois suivant sont mauvais" n'a pas caché Romain Hoffmann, le président du GEML. Quand on sait que le diesel représente 55% du marché total de produits pétroliers au Luxembourg, et que 77% des ventes de diesel sur les aires d'autoroutes sont destinés aux poids-lourds, on mesure mieux l'intensité du tremblement de terre qui secoue actuellement les stations-services du pays.

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Ce n'est pas une surprise: la hausse des prix des carburants est la raison principale à cette chute des ventes du diesel au Grand-Duché, qui s'approvisionne surtout en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Au 4 avril 2022, un litre coûtait 1,683€ contre 2,074€ en cette fin octobre. Le produit est devenu plus cher, mais le coût des accises et du transport n'a pas bougé. Le taux de TVA est resté identique lui aussi (17%). Mais plus le produit est cher, plus il rapporte au gouvernement.

 Le marché est devenu totalement imprévisible avec les mesures prises par les autres pays (Paul Kaiser, administrateur délégué de Petro-Center

LA VENTE DE CARBURANT EN CHUTE LIBRE AUX FRONTIÈRES

Le niveau actuel des tarifs des carburants découle également d'une volonté politique. Le Luxembourg s'est engagé à lutter contre le changement climatique et veut réduire les émissions de CO2 de 55% d'ici 2030. Ainsi, le gouvernement luxembourgeois a fini par abandonner sa ristourne carburant de 7,5 centimes début septembre, alors que, dans le même temps, la France l'a augmenté de 18 à 30 centimes par litre. Total a même annoncé prolonger sa remise de 20 centimes jusqu'à mi-novembre, et la réduire à 10 centimes jusqu'à la fin de l'année. Un peu plus tôt dans l'année, les interventions du gouvernement allemand avait déjà engendré une perte de compétitivité pour le secteur au Luxembourg. "Dès que ces aides ont cessé chez nos voisins, on a tout de suite constaté une inversion de la tendance" souligne Romain Hoffmann.

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En attendant, plusieurs stations-service du Luxembourg ont été désertés. En 2022, les ventes de produits pétroliers ont diminué de 35% à 45% dans celles situées proches de la frontière. Et cela a également une conséquence sur la vente de tabac, même si les accises sur les cigarettes ont rapporté autant que sur l'ensemble des carburants, en août dernier.

"C'est la première fois que, tous les jours, les prix sont moins chers en France qu'au Luxembourg, à part quelques exceptions en région parisienne qui ne sont pas représentatives du marché français" constate Romain Hoffmann. Les automobilistes, qu'ils soient résidents ou frontaliers, l'ont largement remarqué ces derniers mois. "Le marché est devenu totalement imprévisible avec les mesures prises par les autres pays" renchérit Paul Kaiser, administrateur délégué de Petro-Center, spécialisé dans le transport de carburant, gaz et mazout au Luxembourg.

 Les meilleures années pour le secteur pétrolier sont révolues. Il faut s'adapter (Romain Hoffmann, le président du GEML)

DES EMPLOIS MENACÉS, DES STATIONS CONDAMNÉES ?

"Les meilleures années pour le secteur pétrolier sont révolues, même si une bonne partie des baisses des ventes va s'appliquer au transport routier. Il faut s'adapter. Les parcs électriques vont certes augmenter mais les charges se font surtout à domicile. Alors on se pose la question de savoir quel va être notre futur" admet le président du GEML.

Dans les années à venir, des emplois risquent fort d'être supprimés. Actuellement, 3.600 personnes travaillent dans ce secteur, dont 2.750 dans les 232 stations-service. "Sans les supérettes des stations-service, on ne pourrait déjà plus survivre. Alors si certains emplois risquent d'être supprimés, on a tout de même besoin de personnel" souligne Paul Kaiser.

"Le chiffre de 350 personnes travaillant dans la logistique devrait baisser puisqu'il va y avoir moins de volume de carburant à transporter. Le chauffage au mazout sera bientôt interdit dans les constructions neuves. On doit s'attendre à une légère baisse dans les services administratifs." Le nombre de stations-service "pourraient baisser" aussi, "c'est logique".

Ce jeudi, le GEML a expliqué "soutenir les objectifs climatiques" du gouvernement en accompagnant "la transition énergétique et la décarbonisation du secteur des transports au Luxembourg". Mais il demande notamment une "taxation prudente" des carburants "afin d'analyser leur impact sur les ventes et de donner le temps nécessaire au secteur de se réorienter en fonction de la demande." 

Le GEML recommande encore

"de subventionner la sortie de la circulation des vieilles voitures les plus polluantes réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre de manière significative."

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