
L'OGBL se réunit ce mercredi à l’abbaye de Neumünster à Luxembourg, tandis que le LCGB est à Remich. Une fête du travail qui a permis aux syndicats de remettre sur la table de nombreux sujets brûlants au Luxembourg, tels que les crises secouant diverses entreprises, les tensions sociales, les actions du nouveau gouvernement, ou encore les élections européennes...
Retrouvez ci-dessous les principales déclarations des président(e)s des deux syndicats.
"Ce 1er mai 2024 n’est pas un 1er mai ordinaire. Nous sommes le premier 1er mai après les élections sociales largement remportées. L'OGBL est et reste le premier syndicat du pays" se félicite Nora Back, qui rappelle les grands combats des dernières années, comme "Chez Cargolux, une entreprise luxembourgeoise [où] nous avons dû faire grève pour que le travail des gens soit reconnu", ou encore chez Ampacet, où "nous avons traversé l'une des luttes syndicales les plus dures que nous ayons jamais connues." Et plus récemment, la société Tarkett : "Le comportement de l'entreprise est inacceptable. Signer un plan de maintien de l’emploi, puis annoncer peu après des licenciements massifs, est une parodie du dialogue social."
Le nouveau gouvernement a annoncé qu'il soutiendrait ce dialogue social, justement. Nora Back souffle : "Comme nous sommes encore en phase d'apprentissage de plusieurs nouveaux ministres, je le dis de manière diplomatique : S'il vous plaît, cher gouvernement, ne commettez pas l'erreur de considérer le dialogue social comme un événement formel. Ce dont nous avons besoin, ce sont des négociations politiques sérieuses" sur des sujets comme les retraites, le droit du travail, la crise du logement, la réforme fiscale. "Notre système fiscal est fondamentalement injuste" assène Nora Back. "Depuis des décennies, des réformes fiscales pour la population ont été promises, mais peu de choses se sont produites. Et le nouveau gouvernement a déjà repoussé sa réforme fiscale annoncée".
"La plus grande injustice est qu’on paie bien plus d’impôts sur les salaires que sur les revenus du capital. Avec un salaire d'environ 5.000 euros, vous payez 7 fois plus d'impôts que 5000 euros de dividendes. Le capital devrait être imposé de la même manière que le travail." Notre pays a besoin de recettes fiscales, poursuit-elle, "c'est pourquoi nous devons trouver l'argent là où il se trouve. Nous avons besoin d’un impôt sur la fortune" digne de ce nom.
L’OGBL réclame un nouveau barème d’imposition. Les groupes à revenus faibles et moyens doivent payer moins d’impôt. Le salaire minimum doit être exonéré d'impôt, et il faut introduire l’ajustement automatique du barème d’imposition à l’inflation. La défense de l’index, qui "empêche nos salaires réels de baisser à cause de l’inflation", ou encore de "conventions collectives fortes", est fondamentale.
Elle évoque aussi les frontaliers, dans un pays où des décisions politiques ont exclu à plusieurs reprises près de la moitié des actifs: bourses d’études, sécurité sociale, fiscalité. "Chers collègues français et belges, vous qui êtes 175.000 à passer chaque jour la frontière pour venir enrichir notre pays, nous n’acceptons pas et n’accepterons jamais que vous soyez discriminés par la politique de ceux qui ne vous voient pas parce que vous ne faites pas partie de leur électorat." De même pour les "collègues allemands, vous ne pouvez pas non plus être imposé sur les heures supplémentaires différemment de tous les autres salariés, simplement parce que vous vivez en Allemagne."
Pour les retraites, "Sécuriser le système de retraite luxembourgeois, l’un des meilleurs au monde, n’est pas une simple question d’examen de mathématiques, mais un défi social et sociopolitique".
Elle n’oublie évidemment pas la crise qui frappe de plus en plus durement le Luxembourg : le logement. "Pendant des décennies, les gouvernements n’ont rien fait. Au lieu de réguler le marché immobilier, ils ont laissé la spéculation et l’augmentation des richesses sur le marché immobilier suivre leur libre cours économique. Les logements sociaux ont été dégradés au point de devenir marginalisés" et des cadeaux fiscaux ont été fait pour les multi-propriétaires de terrains et de logements. L’OGBL exige la construction de dizaines de milliers de logements sociaux locatifs, et "une politique cohérente contre la spéculation et contre l'acquisition excessive de terrains, de terrains à bâtir et de biens immobiliers privés."
Nora Back a également longuement parlé de l’actualité internationale. "Ce que fait la Russie en Ukraine est hautement criminel et inexcusable." L'OGBL appelle également à un cessez-le-feu immédiat au Moyen-Orient. Et elle rappelle que les élections européennes auront lieu le 9 juin. "Une grande partie de ce qui est décidé au niveau européen a une influence directe sur nos conditions de travail et de vie." Les partis conservateurs-réactionnaires, d’extrême droite et fascistes gagnent en influence en Europe. "Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons d’être envahis par quelque chose qui est fondamentalement dirigé contre notre intérêt général, qui détruit nos perspectives d’une vie bonne pour nous et pour les générations à venir."
Elections sociales de mars dernier oblige, le LCGB débute son discours en revenant sur "le grand pas en avant" réalisé par le syndicat. Ce dernier a progressé dans certains secteurs comme les transports ou le nettoyage.
Et de nombreux "dossiers difficiles", comme celui des retraites ou du logement, attendent les syndicats du pays qui doivent de ce fait "travailler ensemble".
A commencer par les élections européennes du 9 juin. "Dans de nombreux pays de l’Union européenne, les partis populistes et d’extrême droite sont en hausse." Une évolution "dangereuse, car elle ne remet pas seulement en question la démocratie en Europe, mais elle affecte très concrètement et de manière fondamentale la coexistence pacifique en Europe" s’inquiète Patrick Dury, qui défend la coexistence pacifique et "appelle à une Europe plus sociale".
Pour revenir au Luxembourg, "Le LCGB réclame également plus de justice sociale dans ce pays."
Cela commence par le renforcement du pouvoir d'achat des salariés en "maintenant notre système d'indexation" et en "baissant les impôts des petits et moyens revenus."Le LCGB exige que le salaire minimum soit exonéré d'impôt. Le LCGB exige également que le salaire minimum soit sensiblement amélioré de 3,5%, soit 100 euros bruts, pour qu'il se situe au-dessus du seuil de pauvreté.
Le LCGB exige que la richesse créée chaque jour dans le secteur privé de ce pays soit "équitablement répartie". "Nous avons besoin de conditions de travail décentes qui répondent aux besoins des gens, notamment pendant les heures de travail, et leur donnent la flexibilité dont ils ont besoin pour organiser leur vie". Le LCGB est également convaincu que "notre société, notre monde du travail ne peuvent réussir sur le long terme que si nous traitons les personnes de manière égale, qu'elles soient résidentes ou frontalières". Il appelle donc le ministre des Finances à tout mettre en œuvre pour "mettre fin au harcèlement de ses collègues allemands et français à travers la nouvelle double imposition". Le LCGB est aussi convaincu "que la pension minimum doit être augmentée de manière substantielle afin de permettre à chacun de vivre décemment sa vieillesse".
le LCGB insiste sur "la double crise du logement et du secteur de la construction. C'est la politique de taux d'intérêt de la Banque centrale européenne qui a déclenché ces crises." L’accès au logement est devenu un luxe dans ce pays " que seuls quelques-uns peuvent se permettre. "L’offre de logements abordables, qu’ils soient loués ou achetés, doit être augmentée de toute urgence."
Enfin, le LCGB reste "convaincu que notre pays, notre société doit s'appuyer sur un socle démocratique plus large et plus solide". La représentation politique dans la chambre des députés "n'est plus en harmonie avec la réalité de la composition de notre société -d'autant plus que près de 50 % des résidents ne peuvent pas être représentés à la chambre ! Le LCGB continue donc de militer pour le droit de vote de tous les habitants aux élections législatives".