La stratégie de vaccination de masse du Luxembourg présentée vendredi par Xavier Bettel et Paulette Lenert, repose entièrement sur l'avis de la Commission nationale d'éthique (CNE). Ses quinze membres de tous horizons ont planché 12 jours, dans l'urgence et avec plein d'interrogations en suspens sur les futurs vaccins, sur une question-clef du gouvernement: d'un point de vue éthique, quelles personnes devraient être vaccinées en priorité ?
La réponse de la CNE est claire: il faut "proposer en priorité la vaccination aux professionnels et au personnel de santé et de soins". Le but étant de maintenir fonctionnel le système de santé crucial dans la lutte que mène le pays contre la pandémie depuis mars.
Il n'est pas question de vacciner l'ensemble des près de 18.000 professionnels de santé que compte le Luxembourg mais bien de proposer (et non d'imposer) une vaccination à ceux "qui sont en contact avec le covid" et qui "travaillent au chevet des malades atteints et non avec les malades potentiels", explique Julie-Suzanne Bausch, présidente de la CNE.
En clair: ceux qui sont exposés directement à la "forme la plus brutale de la maladie" au sein des soins intensifs et des services dédiés au covid dans les hôpitaux. Bien sûr les médecins et infirmiers mais aussi le personnel soignant qui s'occupe de leur toilette mais aussi de les nourrir, sans oublier ceux qui préparent le matériel technique.
Pourquoi ces personnes plutôt que d'autres ? "Ce qui les différencie de nous tous, c'est qu'ils n'ont pas le choix. Ils ne peuvent pas télétravailler ou dire non. Ils doivent y aller, c'est leur job et parce que ce sont eux qui créent le cordon sanitaire", explique Julie-Suzanne Bausch.
Mais il y a aussi une explication plus rationnelle à ce choix d'un groupe limité de personnes: la pénurie annoncée de vaccins. Car l'ennui est que la "nouvelle arme" contre le covid-19, le vaccin n'est "pas encore prêt" et ne sera pas disponible en quantités suffisantes dans un court laps de temps. Julie-Suzanne Bausch rappelle que Pfizer a décidé de réduire sa production de vaccins et sait bien que le nombre de doses qui doit être livré au Luxembourg en pâtira inévitablement.
Plutôt que de tomber dans le travers "toujours catastrophique" de la discrimination de personnes au sein d'un même groupe, celui des soignants en première ligne sur le front covid "peut matcher: ils sont beaucoup moins nombreux que les personnes les plus vulnérables", note la présidente de la CNE. Taclant au passage le choix des "Français qui n'ont pas assez de vaccins pour tout le monde: il y aura des déceptions". En France, la priorité vaccinale sera mise sur les personnes âgées résidant en Ehpad.
L'avis de la CNE n'est pas définitif mais bien "lié à un instant T" car la situation évolue constamment. la CNE n'a pas pris position dans son avis sur la question cruciale de l'obligation de vaccination mais sa présidente s'est positionnée an faveur du maintien du libre-choix.
"Un vaccin doit donner confiance aux gens. Et vous ne pouvez l'obtenir que si vous êtes convaincus par les arguments. C'est le seul moyen. Il est inutile de dire, si vous ne vous faites pas vacciner, vous êtes un méchant ou vous devez le faire, cela n'a aucun sens. Il faut parler avec les gens. Nous n'avons pas besoin de stress et de pression supplémentaires, le covid en crée déjà suffisamment".