
Le nouveau directeur de l’Agence nationale de l’innovation au Luxembourg, qui fut longtemps conseiller au ministère de l’Economie, a cité trois points qui soulignent l’importance des relations économiques avec les Etats-Unis. Tout d’abord, c’est “l’un des Etats d’où le Luxembourg fait le plus de prospection pour attirer des entreprises” sur son sol. Le Grand-Duché jouit de “très bonnes relations, que ce soit dans la Silicon Valley ou dans d’autres zones. C’est pourquoi il est très important que ces relations restent bonnes et que nous puissions continuer à travailler en partenariat avec ces régions”, souligne Mario Grotz.
Deuxièmement, le Luxembourg exporte beaucoup vers les Etats-Unis. C’est pourquoi les taxes douanières annoncées sont préoccupantes. Avant tout pour l’industrie automobile et pour l’acier, pour lesquels cela pourrait tourner à “la catastrophe”. Des tarifs douaniers élevés pourraient causer un préjudice à ArcelorMittal, le premier groupe métallurgique mondial, dont le siège est au Luxembourg. Le nouveau directeur de Luxinnovation espère que l’Europe restera une place importante pour l’acier. “L’industrie métallurgique est la première à investir dans la décarbonation. Quand nous parlons de décarbonation, nous parlons beaucoup d’électrification, mais aussi peut-être dans une deuxième phase, d’utilisation de l’hydrogène. De nombreuses technologies très innovantes y sont utilisées. Et c’est bien sûr une des missions de Luxinnovation, d’aider tous ces acteurs à trouver les bonnes technologies pour pouvoir s’adapter et décarboner”, selon Mario Grotz.
Enfin, l’Union européenne et le Grand-Duché ont besoin “d’avoir accès aux technologies américaines”. Mario Grotz espère que les Américains ne limiteront pas fortement leurs exportations de puces informatiques vers l’Europe comme annoncé.
L’Union européenne a peut-être “raté l’occasion de se préparer à une éventuelle guerre économique” avec les États-Unis et de mieux s’y préparer, estime Mario Grotz.
Autre élément important: la compétitivité. “Le point le plus important est de rester compétitif”. Et ceci passe “par l’innovation”. En ce sens, selon le directeur de Luxinnovation, le Luxembourg doit miser sur les nouvelles technologies, comme l’Intelligence Artificielle, les données ou le cloud. L’Europe doit être pionnière en la matière. Dans la recherche et dans son application dans les entreprises. “Et c’est bien sûr aussi le rôle de Luxinnovation, de favoriser l’application des nouvelles technologies et d’aider les entreprises à se familiariser rapidement avec ces technologies et à devenir ainsi plus productives”, a indiqué son directeur
Mario Grotz admet toutefois que les investissements dans ces secteurs sont encore nettement plus élevés aux Etats-Unis et en Chine qu’en Europe. En outre, le marché est beaucoup plus fragmenté. Mais Mario Grotz cite surtout la recherche comme exemple de domaine avec lequel l’Europe peut rattraper son retard. “Nous avons encore des produits de très, très haute qualité dans la recherche.” “Le Luxembourg ne doit pas avoir honte”, estime Mario Grotz. “Nous investissons beaucoup plus largement dans de nombreux pays, alors l’Amérique et la Chine le font de manière beaucoup plus ciblée sur quelques sites. (...) Et c’est certainement l’un des points sur lesquels nous devons nous concentrer pour devenir plus compétitifs. Je ne pense pas que nous ayons raté le train. De toute façon, nous sommes également plus petits que l’Amérique et la Chine. Nous devons nous développer dans différentes niches. Mais dans ces niches, nous avons certainement encore une chance d’être aussi compétitifs que les autres marchés”, assure le directeur de Luxinnovation.
Selon le directeur de Luxinnovation, le Luxembourg doit coopérer avec des sociétés qui sont leaders dans leur domaine. C’est pourquoi il salue l’arrivée de Google, qui va ouvrir un bureau avec une douzaine de collaborateurs au boulevard Royal à Luxembourg-ville.
Google et le Luxembourg ont déjà mis au point un cloud souverain: avec la technologie de Google, les données confidentielles des entreprises et des administrations publiques sont protégées. La deuxième étape, c’est la collaboration avec l’Université du Luxembourg dans le domaine de la recherche et la troisième, le projet de centre de données à Bissen.
Pendant un quart de siècle, Mario Grotz a travaillé pour l’État et a été conseiller de haut rang au ministère de l’Économie. Il ne s’y est pas ennuyé, et il aurait aimé continuer à collaborer avec les différents ministres et développer de nouveaux projets.
Aujourd’hui, il a l’opportunité de travailler à nouveau beaucoup plus étroitement avec les entreprises. Tout comme au début de sa carrière, lorsqu’il était à la Chambre de Commerce et à la Chambre des Métiers. Il a toujours aimé le domaine de l’innovation, assure Mario Grotz.