"Jamais rien vu de cette envergure"Les pompiers luxembourgeois font le bilan après le mégafeu en Gironde

Annick Goerens
adapté pour RTL Infos
L'heure du retour au pays a sonné pour les pompiers luxembourgeois mobilisés en Gironde. Ils rentrent avec beaucoup d’expérience dans leurs bagages, mais aussi le constat que des phénomènes naturels extrêmes mettent de plus en plus l’Europe à rude épreuve.
© CGDIS

La Gironde, dans le sud-ouest de la France, vient de connaître l’un des plus importants sinistres de son histoire. Près de 42.000 hectares de forêt ont été détruits et plus de 220.000 personnes ont été évacuées, des habitants et des touristes. Quelque 2.200 pompiers ont été mobilisés et une délégation luxembourgeoise s’est également rendue sur place afin de soutenir les collègues français. Lorsque l’équipe du CGDIS est arrivée sur les lieux, les grands foyers étaient déjà sous contrôle, mais les opérations d’extinction étaient loin d’être terminées, explique Jean-Luc Rind, chef de mission de la délégation luxembourgeoise :

"Le problème ici, c’est le sol tourbeux. Cela signifie que l’incendie continuera à brûler encore longtemps. Il y a régulièrement des foyers qui surviennent avec des flammes relativement importantes, à cause de la chaleur présente dans le sol. Les zones qui n’ont pas encore brûlé peuvent donc s’embraser à nouveau à tout moment. Notre mission consistait en fait à effectuer des patrouilles. Ils appellent cela une reconnaissance. Et lorsque nous repérions une reprise de feu, nous l’éteignions afin d’empêcher sa propagation."

Lëtzebuerger Pompjeeën zéie Bilan nom Feier an der Gironde
Trotz der schwiereger Situatioun wier een extreem gutt empfaange ginn, seet de de Chef de Mission Jean-Luc Rind.

Une envergure qui a surpris même les pompiers les plus expérimentés

Les 15 pompiers luxembourgeois ont eu fort à faire.

"Ils n’ont eux-mêmes jamais rien vu de tel. C'est-à-dire que nous avons discuté avec les collègues français, aussi bien ceux d’ici que ceux du département de la Moselle, qui envoient pourtant souvent des détachements sur des feux de forêt. Eux aussi ont dit qu’ils n’avaient encore jamais rien vu de cette envergure."

Cette situation a mis à rude épreuve tant le matériel que les équipes.

"Les collègues qui sont de la région portent clairement des marques de fatigue. Leurs véhicules aussi montrent des signes d'usure. Ce sont pourtant des véhicules relativement récents, mais ils semblent avoir vingt ans. Et cela après seulement une semaine. Cela signifie que ces engins sont mobilisés en permanence. Ils ont été confrontés directement aux flammes. Quant aux hommes et aux femmes sur le terrain, ils sont véritablement épuisés. Beaucoup ont très peu dormi. Ils travaillent jour et nuit."

Les habitants des villages se sont eux aussi mobilisés

Ce qui a le plus surpris les pompiers luxembourgeois, c’est l’immense élan de solidarité dont ont fait preuve les villageois.

"Et nous avons été extrêmement bien accueillis par les gens d'ici, même s'ils ont tout perdu. Les villageois ont en fait organisé le ravitaillement de toutes les équipes. Avec le soutien de la population locale ainsi que de commerçants de Bordeaux, qui ont amené des produits. Mais ce sont les villageois eux-mêmes qui ont cuisiné pour l’ensemble des équipes. Et il y avait vraiment beaucoup de monde. [...] Pour être honnête, cette solidarité m’a encore plus touché que la solidarité européenne, qui a pourtant été considérable et vraiment essentielle sur le terrain. Car, sans cette aide, les collègues français n’auraient pas pu faire face seuls à cette situation. Plus généralement, on constate que lorsque surviennent de grandes catastrophes, les gens sont encore capables de faire preuve d’une certaine solidarité, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas de nos jours."

"Ils vivent désormais dans un désert"

Au-delà de la solidarité, c’est surtout une image qui reste gravée dans les mémoires : celle d’un paysage complètement transformé. Des rues entières et des quartiers ont été ravagés par les flammes. La question est désormais de savoir comment les sinistrés vont pouvoir aller de l'avant

"C’est frappant, car il y a ici des rues entières où il ne reste parfois qu’une seule maison debout, tout le reste a brûlé. Les images sont déjà terribles aujourd’hui, mais ce qui nous a le plus fait réfléchir, c’est ce que feront les habitants lorsqu’ils reviendront. Même celui qui a encore sa maison. Il n’a plus de voisins. À terme, toutes les forêts de la région seront défrichées, cela ne fait aucun doute. Les gens vivent désormais dans un désert. Ils vivent du tourisme, mais les environs ne seront plus attractifs les années qui viennent."

L'heure du retour au pays a sonné pour les pompiers luxembourgeois mobilisés en Gironde. Ils rentrent avec beaucoup d’expérience dans leurs bagages, mais aussi le constat que des phénomènes naturels extrêmes mettent de plus en plus l’Europe à rude épreuve, et qu’il faut également, ici au Luxembourg, se préparer en permanence à de nouvelles situations. Selon Jean-Luc Rind, le Grand-Duché est toutefois actuellement bien préparé pour y faire face.

En Gironde, de très nombreux hélicoptères et avions bombardiers d’eau ont été mobilisés, parmi lesquels un appareil envoyé par le Luxembourg. Ceux-ci ont joué un rôle central et se sont révélés extrêmement importants. Selon le chef de mission de la délégation luxembourgeoise, il faudra sans doute, à l’avenir, s’appuyer davantage encore sur les moyens aériens dans la lutte contre ce type d’incendies.

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