Un risque pour l'économieLe télétravail pourrait coûter très cher au Luxembourg

Christophe Wantz
Le conseil économique et social met en garde le gouvernement sur l'impact potentiellement désastreux que pourrait avoir le télétravail sur le commerce au Luxembourg.
© Envato

Dans son avis annuel 2022, le conseil économique et social alerte sur les répercussions du télétravail, non seulement sur le commerce, mais aussi sur les finances publiques du Luxembourg.

Ainsi, s'il y avait plus de frontaliers en télétravail, cela entraînerait une diminution de la consommation et des pertes chiffrées à 350 millions d'euros par an pour les commerces luxembourgeois.

LUXEMBOURG, CHAMPION DU TÉLÉTRAVAIL

Premier constat, le potentiel du télétravail est exceptionnellement élevé au Luxembourg par rapport aux autres pays européens. D'après le STATEC, le Luxembourg est même champion d'Europe de la "télétravaillabilité": plus de la moitié des salariés effectuent un travail qui peut être effectué aussi à distance.

© Statec

Une récente enquête de la Chambre des salariés révèle que s'il n'y a que 29% des travailleurs résidant au Luxembourg qui sont favorables au télétravail, en revanche 53% des frontaliers français, 42% des frontaliers allemands et 43% frontaliers belges préfèrent travailler à domicile.

Il est fort probable que dans le futur proche, les salariés vont avoir recours de façon plus régulière au télétravail.

Le conseil économique et social veut prévenir le gouvernement sur l’impact économique potentiel de ce changement de paradigme.

350 MILLIONS D'EUROS PERDUS

Le CES a basé ses calculs sur les chiffres de l'emploi de 2019. 460.000 personnes travaillent au Luxembourg (258.100 résidents et de 201.900 frontaliers).

Sur ce total, 197.914 personnes seraient en mesure de télétravailler. En admettant que ces personnes aient recours à un jour de télétravail par semaine.

Cela correspondrait à quelque 40.000 allers-retours de moins par jour ouvrable avec des effets bénéfiques sur le trafic routier. Mais cette hypothèse aurait également un impact économique terrible pour la restauration et les commerces locaux.

Ainsi, l’HORESCA estime que la consommation journalière d’un salarié sur son lieu de travail correspond à environ 25 euros dans le secteur de l’Horeca et 15 euros dans les autres commerces, soit 40 euros par jour. L’HORESCA conclut que le télétravail pourrait faire reculer le chiffre d’affaires du commerce local concerné d’environ 350 millions d’euros par année.

Pour le seul secteur de l'hôtellerie-restauration la perte du chiffre d’affaires journalier reviendrait à 500.000 euros et à quelques 110 millions euros par an.

Cette baisse de recettes se traduirait dans ce secteur par une perte de plus de 1.000 emplois, de 7,5 millions d’euros en cotisations sociales, de 5 millions d’euros de TVA et près de 3 millions d’euros de retenue d’impôt sur salaires.

UN COÛT POUR LES FINANCES PUBLIQUES

La convention fiscale conclue entre la France et le Luxembourg a été renégociée et prévoit la possibilité pour les frontaliers 34 jours de télétravail par an sans conséquences sur leur imposition, depuis l’accord conclu entre les deux pays le 30 septembre 2022.

La convention fiscale conclue entre le Luxembourg et la Belgique a aussi fait l’objet d’une renégociation et prévoit de passer à 34 jours sans conséquences sur l’imposition pour les salariés belges. Seule l’Allemagne a maintenu, jusque-là, l’accord limitant le nombre de jours à 19 jours par an pour les frontaliers allemands.

Mais reste le problème du quota de 25% du temps de travail qu'il ne faut pas dépasser pour rester affilié au régime luxembourgeois. Si un salarié effectue plus de 25% de son temps de travail dans son pays de résidence, il se voit affilié à la sécurité sociale de son pays de résidence.

Cela implique de lourdes charges administratives pour l’employeur, ce dernier est dès lors tenu de s’affilier aussi auprès du régime de sécurité sociale du pays de résidence de son salarié.

Autant dire que très peu d'employeurs vont prendre ce risque. Et le CES note: "Dans l’actuelle situation de pénurie de main-d’œuvre, ces problèmes peuvent devenir vitaux pour l’économie. Il devient plus facile pour un jeune talent bien formé qui habite Metz, de chercher un emploi sur Paris avec trois jours de télétravail et deux jours de trajets en TGV, que de s’arranger avec les conditions luxembourgeoises". 

Avis annuel du CES

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