
"Cela ne peut pas continuer ainsi. Certaines entreprises ne vont pas pouvoir accepter ces coûts élevés. Des actions doivent intervenir pour apporter des corrections, où c'est possible," a dit mercredi le directeur de la Fedil, René Winkin, sur RTL, à propos de la flambée des prix de l'énergie. A cause des hausses de prix annoncées du gaz et de l’électricité, certaines entreprises ne sauraient plus ce qu’elles doivent faire. Des entreprises qui doivent maintenant acheter de l'électricité pour l’année prochaine, seraient confrontées à des prix qui seraient 25 fois plus élevés que lors de leur dernier achat. Si ces prix se répercutent ensuite sur les coûts de production dans l’industrie, "l’inflation de l’an prochain sera déjà bien préparée", selon le directeur de la Fedil.
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Des changements structurels seraient attendus sur le marché. Actuellement sur le marché libéralisé de l’électricité, le prix est basé sur l’opérateur le plus cher, la centrale électrique la plus chère. Les prix sont tirés vers le haut par la rareté du gaz à cause de la guerre en Ukraine, même si cela ne représente qu’une petite partie. De ce fait, le marché est déconnecté des coûts réels de production. Les énergies renouvelables, l'électricité basée sur la charbon ou le nucléaire sont cependant beaucoup moins chères, mais sont pourtant traitées comme si elles étaient aussi coûteuses.
Selon René Winkin, il faudrait sortir du système actuel, qui commencerait à devenir pervers et ne serait plus tenable à présent. Malheureusement, on aurait perdu l’été pour s’y préparer. Cette semaine, la Commission européenne a annoncé une réforme fondamentale. Selon René Winkin, on ne pourrait pas agir à la légère. Il serait important à la fois d’atteindre des prix plus raisonnables et de ne pas perdre le signal du prix. La Fedil attend du gouvernement luxembourgeois qu’il collabore à la réforme de manière constructive.
Après tout, vous ne pouvez expliquer à aucune entreprise qu'il faudrait décarboner, c'est-à-dire sortir du gaz et du fuel et passer à l'électricité si les prix restent aussi élevés qu’ils le sont actuellement. Il serait évident qu’il faut briser la relation entre gaz et électricité.
Pour le gaz, qui vient totalement de l’extérieur, ce serait plus dur. Là, on pourrait tout au plus chercher des alternatives.
Evoquant la fin de la remise sur les carburants, qui interviendra jeudi, René Winkin a déclaré que dans les prochains mois, de nouvelles activités s’effondreraient, au moins le long de la frontière française, et que par conséquent, l’Etat perdra des recettes, puisque le gouvernement luxembourgeois a pris la décision de ne pas s’aligner sur la France, qui a prolongé la remise sur les carburants jusqu’à la fin de l’année.
Depuis des années, l’industrie aurait un accord volontaire avec le gouvernement pour améliorer l’efficience énergétique. A ce niveau, il ne faudrait pas se faire de soucis. Il serait également possible de basculer temporairement sur d’autres ressources énergétiques que le gaz. Mais pour ce faire, des autorisations seraient nécessaires. Depuis des années, certaines entreprises tentent de passer à la biomasse, mais cela ne leur aurait pas encore été accordé. Maintenant il faudrait aller plus vite.
Produire moins ne serait pas forcément souhaitable. Il faudrait toutefois s’attendre à ce que cela se produise dans les prochains mois en raison de la conjoncture. Le directeur de la Fedil a cité l’exemple de l’électronique et de la construction, qui tourne déjà au ralenti. Certaines multinationales pourraient également délocaliser leurs activités, hors d’Europe.
Selon René Winkin, des entreprises ont déjà réduit leur production à cause de la hausse des prix. La Fedil appelle à la solidarité de tous les secteurs afin d’éviter que des entreprises se voient fermer le robinet de gaz. Tout le monde devrait faire des efforts pour économiser l’énergie. L’objectif de 15% d’économie d’ici mars pourrait ainsi être atteint. Plusieurs entreprises se prépareraient cependant déjà à devoir fermer temporairement, d’après le directeur de la Fedil.