Luxembourg emploie en françaisLe nombre de travailleurs francophones a plus que triplé en 25 ans

Jérôme Didelot
L’emploi salarié intérieur a explosé au Luxembourg depuis 1994, passant d’environ 190.000 à près de 440.000 salariés, soit plus du double de personnes. Dans ce flot de travailleurs, beaucoup sont frontaliers, environ 46%. Et parmi eux une large majorité de francophones, Belges ou Français, qui ont largement contribué à faire du français la langue la plus parlée au travail au Grand-Duché.

Le quart de siècle qui vient de s’écouler marque une forte croissance du marché du travail au Luxembourg. Le Liser, institut de recherche socio-économique, s’est penché sur cette période pour en tirer quelques enseignements analysés dans un document publié cette semaine.

Le chiffre qui retient l’attention est bien sûr celui du nombre de frontaliers qui a plus que quadruplé en 25 ans. Ces travailleurs, venant principalement de France, de Belgique et d’Allemagne, représentaient 26% de l’emploi salarié intérieur au 31 mars 1994, leur part s’élève, 25 ans plus tard, à 46%. Sur cette même période, le nombre des résidents sur le marché du travail luxembourgeois a été multiplié par seulement 1,7.

La part des Allemands dans ce travail frontalier est celle qui a le plus significativement augmenté, 18% en 1994 contre 24% désormais. La part des francophones est de ce fait moins importante aujourd’hui, 82% en 1994, 76% en 2019, mais leur nombre est spectaculaire: 153.615 travailleurs frontaliers en provenance de France ou de Belgique sur les 440.000 salariés que compte le pays, alors qu'ils n'étaient que 43.812 il y a 25 ans.

En volume, ce sont bien ces salariés dont la langue natale est celle de Molière (ou de Simenon) qui ont le plus imprégné le monde du travail luxembourgeois. Leur pourcentage au sein de la population active est passé de 22% en 1994 à 35% en 2019. Rien d’étonnant dès lors de constater que le français est, de loin, la langue la plus habituellement utilisée au travail, en tout cas pour 78% des personnes interrogées dans une récente enquête du Statec.

L’étude du Liser met par ailleurs en évidence le vieillissement de la population active. On peut y lire que "le Luxembourg a pu bénéficier d’un répit en termes de vieillissement de sa population active jusqu’au milieu des années 2000, notamment grâce à l’arrivée de cette main-d’oeuvre frontalière et étrangère plus jeune en moyenne que la main-d’oeuvre luxembourgeoise. Néanmoins, cette dynamique particulière du Grand-Duché s’est essoufflée au cours du temps et le répit semble consommé. L’augmentation plus importante, pour les frontaliers et résidents étrangers, de l’âge moyen et de la part des seniors témoigne entre autres, de ce rattrapage".

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