
Ça s'est passé le 1er juillet. Ce jour-là le Premier ministre Xavier Bettel s'est entretenu par écrans interposés avec Sundar Pichai, le directeur général de Google. Il était question de formations en ligne mais aussi, inévitablement du centre de données à Bissen, "qui suit actuellement les procédures administratives" avait résumé le ministère d'État.
Ce même jour, le tribunal administratif a débouté le Mouvement écologique (Meco) qui avait déposé un recours pour annuler les décisions prises par la commune de Bissen et les ministères de l'Intérieur et de l'Environnement de créer une "zone spéciale datacenter" au sein du Plan d'aménagement général de la commune.
Mais le Meco n'en restera pas là car à ses yeux verts, trop de questions restent sans réponse dans le dossier Google. Le géant américain du numérique a pour projet de construire un centre de stockage de données de près d'un million de mètres carré sur quatre étages sur un terrain de 30 hectares situé au nord de la ZAC Klengbousbierg à Bissen.
L'ennui c'est que la question cruciale de l'eau, indispensable pour refroidir demain tous les ordinateurs centraux et serveurs, n'est pas tranchée. Si le tribunal administratif est d'avis que l'évaluation environnementale stratégique (SUP) a bien été bouclée selon les règles, le Meco ne l'entend pas de cette oreille.
"Un des principaux point de discordance est de savoir à quel moment il faut avoir combien d'eau? Le tribunal administratif dit que cela arrivera dans une étape plus tardive, que c'est entendu et que ce sera pris en compte rétrospectivement. Mais nous disons qu'il ne se peut plus de nos jours que dans le cas d'une consommation d'eau qui équivaut 5 à 10% de la consommation annuelle d'eau potable au Luxembourg, que ce soit réglé après-coup!", s'échauffe Blanche Weber, président du Mouvement écologique.
Même si les pourcentages avancés sont purement spéculatifs pour l'heure, Google ne les a pas contesté jusqu'ici. Pour "une raison inexplicable" les acteurs publics et Google "refusent systématiquement de divulguer ces informations essentielles", relève l'association environnementale.

Le Méco "ne peut être pas d'accord" avec cette façon de faire car "si une "zone spéciale datacenter" est mise en place pour Google alors il faut tout regarder de près". "Il nous disent que la consommation énergétique sera garantie mais qu'ils nous disent alors si c'est aussi le cas pour l'eau!", lance Blanche weber.
Pour l'association écologiste, la question de l'approvisionnement et de l'évacuation de l'eau (elle est plus chaude après le refroidissement) est "centrale pour savoir si le site est réellement adapté à l'implémentation d'un centre de données sur ce site ou si la création d'une "zone spéciale" est autorisable ou non".
"Les études qui ont été réalisées sur l'eau ne sont pas satisfaisantes dans le sens où aucun scénario n'a véritablement été analysé dans ses profondeurs afin de vérifier la faisabilité même du projet", note Me Thomas Chevrier, l'avocat du Meco.
Le tribunal administratif a reconnu que l'évaluation environnementale stratégique ne fournit pas toutes les réponses aux questions abordées mais qu'elles seraient traitées dans la phase ultérieure de l'évaluation des incidences sur l'environnement (EIE). En résume: "A ce stade c'est trop tôt. Le problème c'est qu'en matière environnementale demain, ce sera peut-être trop tard", pose Me Thomas Chevrier. Dans les procédures d'approbation qui suivront, on ne vérifie plus si le projet "est écologiquement justifiable" mais quelle est "la meilleure conception possible d'un projet, dont a priori le principe n'est plus remis en cause".
"Nous allons en appel à cause du dossier Google mais pas seulement. Il nous importe de savoir quelle est effectivement l'importance accordée aux thèmes écologiques au Luxembourg", martèle Blanche Weber. Avant de prévenir: "Si notre interprétation devait s'avérer fausse et si nous devions perdre en seconde instance, alors il faudra d'urgence corriger la loi".
Car les juges ont aussi retenu que ce n'est pas le rôle du Méco d'intervenir pour des affaires communales. "En tant que Mouvement écologique, nous ne pouvons pas accepter qu'un tribunal nous dise vous n'avez pas le droit de porter plainte", explique la présidente.
"Il doit être possible qu'une organisation comme la nôtre qui s'engage pour la collectivité dans la perspective du développement durable, puisse déposer une plainte si nous pensons que ce n'est pas dans l'intérêt général. Cela ne peut pas seulement être laissé à la seule appréciation de l'État ou des communes".
La présidente du Mouvement écologique se dit convaincue que d'autres juges pourraient prendre une décision différente en seconde instance.