Bertrand Piccard est un homme qui aime les défis. L'explorateur suisse, qui avait réalisé un tour du monde en avion solaire il y a quelques années, était au Luxembourg jeudi soir. Et il avait un challenge à lancer au Grand-Duché: protéger l'environnement sans renoncer à une économie robuste.
Invité par la chambre de Commerce, il a présenté un bouquet de plus de 1.000 solutions labellisées qui rendent l'écologie rentable. Face aux ministres de l'Économie et de l'Énergie, et en présence du Grand-Duc, le Suisse a évoqué un "rêve" devenu réalité: présenter son projet à un gouvernement et un chef d'État. "L'écologie peut devenir la force motrice du développement économique" leur a-t-il assuré. "Si nous traînons, il nous faudra bientôt prendre des mesures d'urgence plus dures et plus coûteuses."
C'est peu dire qu'il y a du boulot: le Luxembourg figure en bas des classements européens sur l'énergie renouvelable. "Nous sommes dans les derniers" a reconnu Claude Turmes, ministre de l'Énergie. "Mais nous sommes parmi les plus ambitieux, avec un objectif de -55% de rejet de CO2 d'ici 2030." Il a notamment rappelé que le Luxembourg est le premier pays au monde à avoir rendu les transports publics gratuits.
Heureusement, le Grand-Duché a mis la main à la pâte, puisque le List a participé à l'étude de ces solutions. Sur les quelque 1.370 solutions rentables déjà recensées par Solar Impulse, sept viennent du Luxembourg.
Une entreprise a notamment trouvé une solution pour dépolluer l'eau rejetée par les immenses bateaux de transport de marchandises qui naviguent autour du globe. Une autre a développé une technique de transformation des déchets en hydrogène, ce qui permet de créer de l'énergie locale.
Une troisième a créé un outil très simple qui permet de produire des bouteilles en plastique en utilisant davantage de plastiques recyclés (donc moins de matière neuve). Sur un thème proche, l'une d'elles transforme les déchets plastiques en matériaux réutilisables pour de nouveaux usages.
Mentionnons encore cette société qui s'attaque à la faible autonomie des voitures électriques en transformant le réservoir de lave-glace en stockage de chaleur, afin de moins solliciter la batterie pour chauffer l'habitacle ou dégivrer le pare-brise.
Ou bien cette entreprise qui propose d'ajouter un petit module de capteurs et de prise d'images aux avions de ligne pour faire le plein d'infos en vol, sans avoir recours aux satellites orbitaux. Et pour aider les autres entreprises, une société luxembourgeoise a développé un logiciel de management qui permet d'identifier leurs sources de pollution, rendant possible leur amélioration.
Pas très loin, à Metz, une compagnie a eu la brillante idée de créer des têtes de lampadaires équipées d'un panneau photovoltaïque et d'une batterie. Voilà que l'éclairage public produit sa propre énergie et renvoie le surplus vers d'autres appareils.
Suffisant pour répondre à l'urgence climatique? Le Giec l'a rappelé dans son rapport de début d'année: nous avons trois ans pour agir. Ces 1.000 solutions ne seront pas de trop pour faire bouger les choses.