Protection des forêts tropicalesLe Luxembourg investit 50 millions dans un nouveau fonds international

Tim Morizet
adapté pour RTL Infos
Le Grand-Duché a annoncé investir 50 millions d’euros sur cinq ans dans un nouveau fonds international pour la protection des forêts tropicales. Cela fait partie des efforts de lutte contre le changement climatique.
© STEPHANE VITZTHUM/Biosphoto via AFP

Les forêts tropicales sont considérées comme l’une des armes les plus importantes dans la lutte contre le changement climatique. Elles stockent d’énormes quantités de CO2, produisent de l’oxygène et abritent des millions d’espèces végétales et animales.

Dans le même temps, de vastes superficies de forêts continuent de disparaître chaque année, en grande partie à cause de la déforestation illégale.

Avec un nouveau fonds international, le “Tropical Forest Forever Facility” (TFFF), la communauté internationale entend désormais changer la donne.

Le Luxembourg s’engage également et investira 50 millions d’euros dans ce projet au cours des cinq prochaines années, selon l’annonce du gouvernement luxembourgeois la semaine dernière lors des Luxembourg International Climate Finance Days.

Les forêts tropicales, ces "puits de CO2"

Pour le ministre de l’Environnement Serge Wilmes, l’importance des forêts tropicales est difficile à surestimer : “Les forêts tropicales jouent un rôle très important à l’échelle mondiale. Elles font partie des écosystèmes les plus essentiels.

Selon certaines estimations, les forêts tropicales stockeraient environ mille milliards de tonnes de CO2 à l’échelle mondiale. Elles constituent ainsi un facteur déterminant dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Si l’on compare cela aux émissions mondiales, on voit à quel point leur rôle pour le climat est crucial”, ajoute le ministre.

Au-delà du climat, les forêts jouent également un rôle énorme pour la biodiversité. Environ trois quarts de toutes les espèces animales et végétales connues vivent dans les forêts tropicales.

Comment fonctionne le TFFF ?

Le “Tropical Forest Forever Facility” est un fonds international qui poursuit une nouvelle approche : les pays qui préservent leurs forêts tropicales et ne les déboisent pas, seront récompensés financièrement.

L’idée est relativement simple : des États et des investisseurs alimentent le fonds, cet argent est ensuite investi et les bénéfices sont redistribués aux pays qui protègent leurs forêts ou en plantent de nouvelles.

Au lieu de gagner de l’argent en détruisant les forêts, ils doivent être rémunérés pour les protéger et développer des modèles économiques alternatifs”, explique Serge Wilmes.

À long terme, le fonds devrait mobiliser jusqu’à 125 milliards de dollars. Selon le ministre, cela ne serait possible que si, en plus des financements publics, des investisseurs privés y contribuent également.

Le Luxembourg souhaite jouer un rôle important

Le Luxembourg ne s’engage pas seulement financièrement, mais souhaite aussi jouer un rôle central dans l’organisation du fonds. Ainsi, le fonds d’investissement lui-même devrait être établi au Luxembourg.

Pour le gouvernement, c’est également une opportunité de renforcer la place financière luxembourgeoise en tant que centre de la finance durable. La contribution du Luxembourg s’élève à 50 millions d’euros sur cinq ans, soit environ 72 euros par habitant. En comparaison internationale, cela représente une participation élevée.

Mais cela ne devrait pas s’arrêter là : le Luxembourg souhaite aussi réinvestir directement les recettes fiscales issues du fonds dans le TFFF, afin de stabiliser le projet à long terme.

Contrôle au moyen d'images satellites

Une question centrale subsiste toutefois : comment peut-on contrôler que les fonds sont effectivement utilisés pour la protection des forêts tropicales ?

Selon le ministre, plusieurs mesures de sécurité ont été mises en place. Les pays devront présenter des rapports chaque année et prouver, à l’aide d’images satellites, que leurs forêts tropicales ne continuent pas d’être détruites ; ce n’est qu’à cette condition que les fonds seront versés. Le rôle des populations autochtones et des communautés locales sera aussi particulièrement important. Au moins 20 % des fonds devront obligatoirement leur être destinés.

Les communautés locales vivent depuis des générations dans la forêt tropicale et de la forêt tropicale”, affirme Serge Wilmes.

Une crainte : "se racheter" au lieu de réduire ses émissions ?

Des critiques existent néanmoins. Certains défenseurs du climat craignent que les pays riches puissent ainsi “se racheter” à travers de tels fonds, au lieu de réduire leurs propres émissions de CO2. Serge Wilmes rejette ces critiques. Le Luxembourg continue en parallèle à investir massivement dans les énergies renouvelables, la mobilité électrique et la protection du climat.

Nous devons faire nos devoirs chez nous”, souligne-t-il. “Mais en parallèle, le reste du monde doit aussi se bouger.

Pour le ministre, le TFFF représente donc une “situation gagnant-gagnant” : les forêts tropicales sont protégées, les pays obtiennent de nouvelles perspectives économiques et la protection du climat est renforcée à l’échelle mondiale. Malgré les crises géopolitiques et les incertitudes économiques, Serge Wilmes reste optimiste.

Le changement climatique se poursuit, indépendamment des conflits”, dit-il. “Nous ne pouvons pas l’ignorer.

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