
15 millions de documents médicaux de patients sont déjà stockés numériquement. Le patient qui s'est rendu récemment à l'hôpital pour des analyses ou pour passer un examen d'imagerie médicale du type IRM, connaît le principe. Depuis janvier, les résultats ne sont plus enregistrés sur un CD remis au patient, ils sont désormais totalement numérisés avec un QR-code valable trois mois et avec un transfert des documents dans le DSP numérique privé du patient.
L'idée est de pouvoir disposer en quelques clics d'analyses et de diagnostics importants. Une initiative dont le mode hospitalier n'imagine plus se passer, estime le Docteur Romain Schockmel, directeur médical du CHEM: "Chaque patient qui arrive ici à l'hôpital, s'identifie. Un numéro d'admission lui est attribué. Cela signifie que chaque examen, chaque analyse, chaque consultation effectués au sein de l'hôpital, est documenté. (…) Et chaque médecin qui travaille à l'hôpital reçoit un accès immédiat à ces tests. Il n'a pas besoin d'aller dans le DSP. Mais s'il veut les antécédents du patient, il a un accès direct au DSP numérique du patient. Ensuite lorsque le patient quitte l'hôpital, il est certain qu'une bonne partie des documents, qui ont été générés à l'hôpital, se retrouveront dans le DSP."
Le médecin libéral dispose d'un accès certifié et sécurisé aux données lorsqu'il travaille à l'hôpital, via un système informatique garanti par l'hôpital. Si le spécialiste, ou le généraliste est dans son propre cabinet, il a besoin du consentement numérique du patient pour y avoir accès. Et cela, c'est souvent vraiment compliqué, explique le médecin généraliste Kevin Prohaska: "Le DSP est très fastidieux. Des patients nous racontent même qu'ils nous ont désignés comme médecins référents, mais nous n'arrivons pas à y entrer. Cela nous bloque énormément au niveau informatique. C'est très compliqué pour notre population âgée, qui a justement besoin d'un dossier de référence, car les personnes âgées ont des dossiers plus compliqués. Et nous n'y avons pas accès. Nous disons toujours: 'C'est un trésor, mais nous n'avons pas la clé pour y accéder'. Il faut vraiment qu'un changement intervienne."
L'Agence e-Santé, qui gère le DSP, considère plutôt que le DSP est victime de son succès actuel. Marc Hostert, président de l'Agence e-Santé: "Cette problématique, si on peut la qualifier de problématique, vient du succès du DSP. Ces derniers mois et semaine, le DSP et le volume de ses consultations et des données qui y sont mises, croissent énormément. Cela signifie que plus de gens échouent maintenant, parce qu'ils veulent activer leur DSP ou ils ne l'ont pas encore fait et qu'ils le font à la dernière minute. Et c'est un peu le succès qui entraîne ces problèmes."
Est-ce vraiment si compliqué? Nous avons fait le test. L'inscription pour obtenir le premier accès à son dossier patient se fait même en luxembourgeois. En cinq étapes courtes, avec un code d'activation qui a été demandé et son matricule, on y parvient théoriquement en trois minutes. Mais à la fin: problème technique. Nous réessayons depuis le début, mais à présent le code d'activation n'est plus valable. Et le compte n'existe pas non plus. Il reste donc de la marge pour améliorer le système. Marc Hostert: "Le DSP est encore à adapter au niveau de son ergonomie. L’Agence e-Santé va le faire avec le DSP de la prochaine génération. Là nous ferons plus d'efforts ergonomiques et tenterons de simplifier l'accès. Soit via myGuichet, que la plupart des gens utilisent déjà au quotidien et ils accèderont ainsi à leur DSP. Soit en introduisant une autre politique avec les codes d'accès. Là, il faut toutefois savoir que nous sommes dans un cadre juridique fixé par l'Etat. Et nous devons le respecter."
D’ici 2029, selon la législation européenne, des mises à jour majeures devront également être apportées au DSP, permettant, par exemple, à des médecins étrangers d'avoir accès à des documents médicaux importants, si le patient le souhaite.