Coronamesure, Coronarentrée, Coronaparty... En un an, la langue luxembourgeoise s'est enrichie de nombreux mots nés pendant la pandémie. D'autres ont été mis en lumière - comme les termes issus du monde médical - jusqu'à entrer dans le langage courant.
Ces évolutions du luxembourgeois ont donné du fil à retordre au Zenter fir d'Lëtzebuerger Sprooch, le centre pour le luxembourgeois. "C'est une année stressante et une année exceptionnelle, avec du travail" concède Luc Marteling, le directeur. "Il y a eu un afflux de nouveaux mots à gérer assez vite, ce qui est inhabituel pour le dictionnaire, qui s'offre d'habitude le luxe de voir les choses avec un peu de recul. Mais là, il fallait réagir rapidement."
"Au lieu de créer un nouveau mot pas forcément compris de tous, mieux vaut choisir un mot qui est là et qui est clair pour tout le monde."
Cet enrichissement de la langue luxembourgeoise a été facilité par la capacité de ses locuteurs à jongler avec les langues et les influences linguistiques. Alexandre Ecker, lexicographe pour le Zenter, rappelle lui aussi que c'est cette flexibilité qui fait la force de la langue. "Le luxembourgeois est une langue parlée sur un petit territoire entouré de grandes aires linguistiques. Il a une facilité à intégrer des mots, qui se fait d'habitude sur le long terme." Ce serait même "un des aspects les plus sympas de la langue luxembourgeoise: on a souvent le choix entre un mot d'origine allemande, française, parfois anglaise. Comme pour "télétravail" ou "home office" par exemple" évoque Luc Marteling. Mais on pourrait aussi citer Cluster, Confinement, Couvre-Feu, Coronapandemie...
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En plus des mots explicitement importés, d'autres ont été instinctivement créés grâce à la nature germanique du luxembourgeois. Ce qui explique les nombreux termes dont la base est le mot Corona. "Le luxembourgeois, comme toute langue germanique, peut créer des compositions" confirme Alexandre Ecker. "Si vous regardez à la lettre C du glossaire Covid, vous en verrez plusieurs avec le mot "Corona". "Coronaparty", "Coronarentrée"... La composition permet de créer une infinité de mots. La créativité linguistique est phénoménale à ce niveau-là."
"Les néologismes ont enrichi la langue"estime Luc Marteling. "Même si je comprends que certaines personnes n'aiment pas les mots importés d'une langue étrangère, ça fait partie de l'enrichissement. Et c'est, à mon avis, typique du luxembourgeois."
Ce mélange des genres a donné naissance à des termes plus terre à terre, comme Coronakris ou Coronamesure, mais aussi à des expressions plus insolites. Comme le fameux Covidiot - et son alter ego féminin Covidiotin - insulte adressée à ceux qui ne respectent pas les mesures sanitaires. De l'avis des employés du centre pour le luxembourgeois, la promulgation de nouvelles lois Covid devraient contribuer à faire apparaître de nouveaux mots. Cette épidémie là non plus n'est donc pas terminée.
À écouter: Luc Marteling est l'invité de notre podcast "Vous avez comme un accent"