"Doctrine philosophique dangereuse"L'archevêché a mis fin à sa coopération avec la fraternité Verbum Spei

Annick Goerens
L'archevêché a annoncé vendredi dernier dans un communiqué qu'il mettait un terme avec effet immédiat à sa coopération pastorale avec la fraternité Verbum Spei.
© Morgan Doux

Pour justifier sa décision, l'archevêché invoque une rupture de confiance et une "doctrine philosophique dangereuse".

La fraternité Verbum Spei" est présente au Luxembourg depuis 2016. Elle a été fondée en 2012 au Mexique par des anciens membres de la communauté des Frères de Saint-Jean. Et c'est là que réside le problème. Le fondateur des Frères de Saint-Jean, le Père Marie-Dominique Philippe est connu pour sa doctrine philosophique douteuse de “l’amour d’amitié”. Or celle-ci véhicule un risque d'abus spirituel, explique Gérard Kieffer, porte-parole de l'archevêché.

"Il s'agit d'amitié. Il s'agit d'amour. Toutes choses connotées positivement. Mais c'est plutôt difficile dans le contexte de la Congrégation de Saint-Jean, c'est-à-dire du fondateur, de sa philosophie telle qu'il la concevait. Le danger est que cela puisse être pris comme une explication de la raison pour laquelle il peut y avoir des relations, qui peuvent également être de nature physique. Et puis c’est simplement légitimé par le fait que si je te touche, alors Dieu te touche dans la pratique."

Lorsqu'avec l'accord explicite du cardinal Hollerich, la fraternité Verbum Spei est arrivée au Luxembourg, il a été convenu qu'elle devait se distancier de ces enseignements.

"Il y a eu une rupture de confiance parce qu'ils n'ont pas respecté des choses qui avaient été convenues avec eux. Je ne peux pas vous en fournir le détail, c'est entre l'évêque [le cardinal Hollerich, ndlr] et eux. Mais il y a eu rupture. Ils ne se sont par exemple pas distanciés des enseignements ou des contenus philosophiques de leur fondateur. Et cette philosophie a été remise en question tant par le Vatican que par les diocèses français où ils ont travaillé."

L'Evêché a lancé une enquête en juillet 2024, suite au signalement effectué par une femme auprès de lui le mois précédent. Alors qu'elle était étudiante à l'université, elle a eu une relation avec l'un des prêtres de la fraternité. Deux enfants sont nés de cette relation.

"Dans ce cas, ce n'était pas une question d'abus sexuel. C'était vraiment une crise de confiance. Elle a été déclenchée par cette conversation. Et elle a eu ces enfants par consentement. Mais cela a été déclenché ainsi. Dès que l’on parle avec des jeunes ou des enfants à l'église, de telles pensées viennent à l’esprit. Ce qui est compréhensible, si l’on regarde les 20 dernières années, bien sûr. Mais dans ce cas-ci, la cause n’était pas celle-là."

La fraternité exerce surtout son travail pastoral dans le sud du Luxembourg et à Esch-sur-Alzette.

"Chaque week-end, il y a des messes chez eux, qui attirent beaucoup de monde, car c'est toujours animé. Beaucoup de familles avec de jeunes enfants. C'est un milieu francophone, dois-je dire. Un second point qu'ils avaient, c'est à Belval, près de l'Université. Ils assuraient l'aumônerie des étudiants."

Le diocèse a cessé toute collaboration avec la fraternité. Les messes peuvent toutefois continuer à être célébrées à Esch jusqu'à la fin de l'été. Il y a des motifs juridiques à cela, à cause des contrats de travail. Mais le travail avec les étudiants et les soirées telles que le "Bistrot des Moines" ne sont désormais plus autorisés, précise le porte-parole de l'Evêché, Gérard Kieffer.
 
L'Evêché est aussi en train de réfléchir à la manière dont le vide pourrait être comblé à Esch cet été, après le départ de la fraternité. Après tout, les messes attiraient de nombreux croyants et l'église luxembourgeoise souhaite pouvoir les accompagner à l'avenir.

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