
Guerre en Ukraine ou encore blocage du détroit d’Hormuz : ces dernières années, les tensions géopolitiques à travers le monde ont régulièrement entraîné une hausse des coûts de l’énergie, déstabilisant l’économie européenne, voire mondiale.
Cela montre à quel point l’Europe, et le Luxembourg également, dépendent des sources d’énergie étrangères. Pendant trop longtemps, l’Europe a concentré son approvisionnement énergétique sur un seul pays, à savoir la Russie.
Fatih Birol parle d’une erreur stratégique :
"Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient montrent que si l’Europe veut avoir son destin entre ses propres mains, nous devons réduire notre dépendance vis-à-vis d’autres pays et produire autant que possible nous-mêmes sur place. Dans ce contexte, l’électricité est l’élément le plus important."
Pour Fatih Birol, il est toutefois clair que, si l’Europe veut devenir plus résiliente et indépendante sur le plan énergétique, il faut, en plus des énergies renouvelables, aussi miser sur l’énergie nucléaire :
"À mes yeux, ce fut une erreur stratégique que l’Europe ait tourné le dos à l’énergie nucléaire. Je le dis déjà depuis des années, et d’autres pays commencent aussi à s’en rendre compte. Même le chancelier allemand Merz a déclaré ouvertement qu’il était stratégiquement erroné de fermer des centrales nucléaires. C’est l’une des pistes que l’Europe doit envisager, aux côtés des énergies renouvelables."
Il faudrait de manière générale diversifier les sources d’énergie. Cela signifie aussi renforcer la coopération avec d’autres pays, tels que l’Inde et l’Afrique du Sud.
Les émissions n’ont pas de passeport, souligne le directeur de l’AIE. Cela signifie que les efforts en Europe n’ont qu’un impact limité si les autres grandes économies ne suivent pas.
Fatih Birol compare la politique énergétique à un grand tanker en mer : pour en changer la trajectoire, il faut du temps.
Le directeur de l’AIE ne voit pas, à long terme, de contradiction entre la transition énergétique et la compétitivité économique de l’Europe :
"Cela ne sera pas facile, mais il n’y a pas d’alternative. L’énergie fossile reste volatile et dépendante des évolutions politiques, ce qui fait que les prix augmentent. Le prix du pétrole se situe autour de 100 dollars ; nous ne savons pas ce qui va se passer dans le détroit d’Hormuz, les prix pourraient donc encore continuer à augmenter."
Fatih Birol a également salué la politique énergétique du Luxembourg. Même en tant que petit pays, il est possible de montrer l’exemple, notamment à travers les aides accordées aux ménages et aux entreprises pour passer aux pompes à chaleur.
Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie était au Luxembourg dans le cadre de la publication de l’“Energy Policy Review”. Tous les cinq ans, l’AIE évalue en effet la politique énergétique de ses membres et élabore des recommandations.