
Pour les syndicats, la suppression de ces lignes de bus est contreproductive, car un millier de personnes sont concernées. Un chiffre qui ne correspond pas au calcul du ministère.
Laisser sa voiture à la maison et emprunter les transports en commun devient une habitude à laquelle les salariés sont de plus en plus attachés. Il semble donc incompréhensible que le ministre des Transports ait décidé de supprimer des lignes d'autobus.
Les syndicats LCGB et OGBL s'opposent à la suppression, début 2023, de 21 lignes qui desservent des sites industriels à Colmar-Berg, Contern, Steinsel ou Ettelbruck, pour des raisons de rentabilité. Un millier de personnes seraient concernées, selon les syndicats. Les calculs du ministère divergent: ces lignes seraient très peu utilisées et leur suppression permettrait d'économiser 5 millions d'euros par an.
Seules 11 des 21 lignes démarrent de l'usine Goodyear à Colmar-Berg. Toutes seront supprimées au début de l'an prochain. Pour les syndicats, c'est une catastrophe, déclare Robert Fornieri du LCGB: "En ce qui concerne les usines, les grandes industries du pays, nous en sommes déjà entre 1.000 et 1.500 personnes qui sont concernées par l'annulation. Avec Goodyear, ArcelorMittal, le CFL Multimodal à Bettembourg, ou le Cebi et la S.E.O. Beaucoup de gens sont durement touchés par cette décision." En ces temps de débats sur le changement climatique, 100 à 200 voitures supplémentaires par jour devraient effectuer le trajet rien que vers Colmar-Berg, selon le syndicat LCGB. Ce qui implique pour les salariés des frais supplémentaires et des bouchons à affronter. Un mauvais message à plusieurs niveaux: "Il y a de nombreuses entreprises qui souffrent d'une pénurie de personnel.Elles doivent même payer des primes à leurs travailleurs pour les attirer.Ainsi un certain nombre de personnes seront incitées à rechercher d'autres alternatives de travail."
Au changement de poste à Colmar-Berg, nos collègues de RTL Télé Lëtzebuerg ont rencontré 50 à 60 salariés qui attendaient le bus pour rentrer chez eux. Le bus pour Arlon était bien rempli. Pour le reste, ils ont dénombré deux ou trois personnes par bus, voire parfois une petite dizaine. Pour ceux qui prennent le bus tous les jours, c'est un mélange de frustration et de compréhension.
"Je suis très inquiète," dit une personne. "Je ne sais pas encore ce que je vais faire après février. Le covoiturage n'est malheureusement pas une option pour moi."
"Je pars tous les jours en voiture des environs d'Arlon vers Oberpallen. De là, je prends un bus jusqu'ici. L'an prochain, je pourrai aussi venir ici chaque jour en voiture. Je suis davantage désolé pour ceux qui n'ont pas de voiture ou pas de permis. Ils sont vraiment embêtés," déplore un autre salarié.
"D'un côté, je suis frustré, d'un autre, je comprends," dit un troisième. "Je prends le bus depuis sept ans et depuis le début, je me demande pourquoi un bus de 13 mètres roule pour sept personnes. Parfois, je suis même seul à l'intérieur."
Cette année encore, le ministère des Transports souhaite rencontrer les entreprises et les syndicats pour discuter d'autres options. En revanche, le ministre réfute le chiffre d'un millier de personnes concernées évoqué par le LCGB. "Nos bus sont équipés d'un système qui décompte chaque usager qui entre et qui sort. Nous avons les chiffres exacts. Le trajet le plus fréquenté en est à 22,6 passagers par jour. Pour beaucoup, nous sommes entre 0 et 3 passagers par jour. Nous ne parlons pas de 1.000 personnes, mais plutôt de 100," selon le ministre des Transports, François Bausch.
La suppression de ces 21 lignes permettrait de réaliser une économie de près de 5 millions d'euros. Le maintien de ces lignes représenterait actuellement un coût de 17.000 euros par mois par passager. "Ce n'est simplement pas efficace ce que nous faisons là. Cela coûte trop cher," ajoute le ministre.
Une extension des transports en commun sur les trajets concernés est en discussion, mais il reste à déterminer si c'est une alternative pour les salariés en travail posté.
Le reportage de RTL en langue luxembourgeoise: