Changement de paradigme La réforme de l'aide à la presse adoptée par les députés

RTL Infos
Renforcer la qualité du journalisme et garantir le pluralisme des médias, tels sont les principaux objectifs de la réforme de l'aide à la presse.

La réforme de l'aide à la presse a été adoptée jeudi après-midi avec les voix de la majorité, du CSV et du député pirate Marc Goergen. Le deuxième député pirate, Sven Clement, n'a pas participé au débat ni au vote en raison d'un conflit d'intérêt.

Jusqu'à présent, l'aide était liée au nombre de pages des publications. Dorénavant, ce sera le nombre de journalistes professionnels qui sera déterminant. Outre la presse écrite, les médias en ligne auront désormais également accès aux aides publiques. Un changement de paradigme, qui ne satisfait pas tout le monde.

Qui pourra bénéficier de l'aide à la presse à l'avenir?

Une publication devra employer au moins cinq journalistes professionnels à temps plein pour bénéficier de l'aide à la presse. Dans la nouvelle loi, la définition de la "presse" sera élargie aux médias uniquement publiés en ligne. Les quotidiens devront être publiés au moins quatre jours par semaine pendant au moins 50 semaines par an. Pour les médias en ligne, il s'agira en moyenne de deux articles par jour, six jours par semaine.

Les aides seront composées d'un montant fixe et d'un montant variable, auxquels les publications auront droit chaque année. Chaque éditeur recevra un montant fixe de 200.000 euros et un montant de 30.000 euros par journaliste professionnel à temps plein. Autre nouveauté, les mensuels, les gratuits et les "médias citoyens" pourront profiter de l'aide à la presse, tout comme les start-ups du secteur. Ces dernières ne devront justifier l'emploi à temps plein que de deux journalistes professionnels. Elles recevront 100.000 euros par an pendant maximum trois ans. Pour les médias citoyens, l'aide sera aussi de 100.000 euros par an.

Une commission spéciale sera mise en place pour décider qui recevra des subventions. Les membres de cette commission seront nommés par le ministre de tutelle. Il devra y avoir deux représentants du Service des médias et de la communication, un représentant du ministère des Finances, un du SIP, le Commissaire aux droits d'auteurs, deux éditeurs et deux journalistes, qui seront proposés par le Conseil de presse, ainsi qu'un universitaire qui connaît bien les médias.

Une réforme critiquée

Dans son avis, le Conseil de presse souhaitait notamment une définition plus claire du journaliste professionnel, vu qu'il s'agit du critère déterminant d'attribution de l'aide à la presse. Le Conseil voulait aussi des critères plus clairs pour l'attribution de la carte de presse. L'ALJP, l'Association luxembourgeoise des journalistes professionnels considère également que la notion de journaliste professionnel n'est pas assez clairement définie.

L'ALJP craint aussi que la Commission des cartes du Conseil de presse soit débordée par les demandes ainsi que par les recours de ceux qui n'ont pas reçu de carte. L'association regrette en outre que le montant par journaliste, initialement fixé à 55.000 euros, ait été ramené à 30.000 euros. Elle craint des licenciements à grande échelle.

Tant le Conseil de presse que l'ALJP regrettent que la nouvelle loi n'améliore en rien l'accès à l'information pour les journalistes. L'Association luxembourgeoise des journalistes professionnels avait demandé de présenter ses propositions à la Commission parlementaire des Médias, mais cela ne s'est pas fait. Si on avait voulu changer quelque-chose de concret, il aurait fallu le faire dès le départ, a déclaré en juin sur l'antenne de RTL, le président de la Commission des Médias, Guy Arendt.

"Si nous écoutons des gens, c'est pour adopter des propositions concrètes et modifier le texte, et alors nous recommençons toujours depuis le début. Nous devons aller avec des amendements devant le Conseil d'Etat. Le projet est déposé à Bruxelles pour avis, s'il s'agit d'une aide étatique ou non. Il faudrait alors se rétracter. Nous serions alors très loin et ce n'est pas nécessairement dans l'intérêt de la presse et des journalistes."

Vendredi dernier encore le CSV avait proposé deux modifications en commission, notamment pour augmenter l'aide par journaliste, mais les deux ont été rejetées par la majorité. Selon le ministère des Médias, une hausse des montants bouleverserait le modèle de financement du projet.

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