
Vivant au Luxembourg depuis près de trente ans, l'annonce du décès du Grand-Duc Jean m'a, comme beaucoup, touchée. J'ai spontanément eu le sentiment de perdre un "membre de ma famille".
Malgré cela, je ne me sentais pas capable d'aller au Palais grand-ducal pour lui rendre un dernier hommage, mes émotions auraient été trop fortes. Or, j'étais habitée par un besoin puissant de lui exprimer mon affection et ma gratitude.
Aussi, lorsque l'annonce a été faite de faire participer la population à la cérémonie à la cathédrale Notre-Dame, j'ai, dès l'ouverture des inscriptions, envoyé ma demande avec l'espoir d'avoir une place, même s'il y en avait peu. Lorsque j'ai reçu le message de confirmation, j'ai ressenti une immense joie, celle de pouvoir être là. Je mesurais mon privilège.
Ce samedi 4 mai, je me suis levée à 5 heures du matin. Habitant le nord du pays, je me rends à Luxembourg-ville en utilisant les transports publics. Comme prévu par MeteoLux, la pluie et la neige se sont invitées. Mais qu'importe.

Le point de rendez-vous est fixé au Grand Théâtre. De nombreuses personnes sont déjà là. Les divers contrôles de sécurité passés, je monte dans la navette organisée pour le public participant. Je suis touchée par la gentillesse de toutes les personnes en charge de l'organisation et de la sécurité.
Le bus complet, il prend la direction, escorté par des motards de police, de la cathédrale. Arrivés dans la rue Notre-Dame, les derniers mètres se font à pied. À l'intérieur, des personnes nous guident gentiment vers les chaises. J'ai la chance d'être installée à proximité de l'allée centrale sans pour autant pouvoir voir correctement jusqu'à l'autel. Cependant, je distingue parfaitement les cascades d'orchidées blanches. C'est magnifique.
Pour faire patienter le public jusqu'au démarrage de la cérémonie officielle, des musiques sont jouées à l'orgue. Pour la première fois je découvre sa mélodieuse sonorité. Je profite de cet instant. Malgré l'attente de près de deux heures, la patience mêlée au respect et à la gratitude habite ce lieu.
Grâce aux écrans installés, je peux suivre, à partir de 10 heures, ce qu'il se passe à l'extérieur. Les tirs des canons se font entendre. J'en ai des frissons.
Lorsque sur les écrans apparaît un véhicule militaire sortant du porche du Palais grand-ducal, le silence absolu prend place.

Mon cœur se serre lorsque le cercueil apparaît suivie par la famille grand-ducale. Je viens de réaliser qu'il va traverser l'allée centrale. Lorsque je vois le début du cortège, l'émotion me gagne. Elle arrive à son comble quand le cercueil recouvert du drapeau et le couple grand-ducal passent à ma hauteur. Je m'incline à leur passage. Je ne peux retenir mes larmes. L'émotion dans la cathédrale est devenue si forte et si intense. On ressent la peine, la douleur et en même temps une sorte de communion de cette partie du peuple présent et qui a le privilège de "représenter" le peuple dans sa globalité avec la famille grand-ducale.
Pendant la cérémonie, lorsque la chorale chante, lorsque l'orchestre de la musique militaire joue, l'émotion me prend à la gorge tout en serrant mon cœur. Le son des cornemuses est tout aussi transperçant.
En quittant la cathédrale Notre-Dame, je mesure la chance et l'honneur d'avoir pu être présente. Certains disent qu'il s'agit d'un moment historique. Pour ma part, je ressens de la gratitude d'avoir pu rendre hommage à ce Grand homme que fut le Grand-Duc Jean tout en témoignant mon affection et mon respect à la famille grande-ducale en cet instant de peine.