Fermeture des studios Filmland à Kehlen La fin d'un chapitre de l'histoire du cinéma au Luxembourg

Claudia Kollwelter
adapté pour RTL Infos
La société Filmland SA, basée à Kehlen, ferme définitivement ses portes ce jeudi. Après 13 ans d’existence, c’est un chapitre important de l’industrie cinématographique luxembourgeoise qui s’achève.

Des cartons de déménagement à perte de vue, quelques affiches de films encore accrochées aux murs et des studios désormais entièrement vides. Là où, pendant treize ans, des dizaines de films ont été tournés et produits, les locaux et les bureaux se sont peu à peu vidés de toute activité. Une image particulièrement triste pour celles et ceux qui y ont travaillé pendant des années. "Et maintenant, tout est soudain terminé, et ça fait mal", confie le producteur Paul Thiltges, même si tout n’a pas toujours été parfait :

"Peut-être qu’un studio aurait dû être un peu plus grand et un autre un peu plus petit. Mais au cours de ces treize années, ces studios ont accueilli le tournage de plus de 80 films et coproductions. Et avec les autres productions, les publicités et tout le reste, nous sommes à plus de 150 réalisations."

Des investissements étaient nécessaires, notamment pour moderniser les deux studios de tournage. Selon les calculs de Filmland, cela aurait représenté au maximum 250.000 euros par an sur les cinq prochaines années :

"Il faudra sans doute encore un peu de temps pour comprendre pourquoi tout cela n’a pas fonctionné ici, pourquoi nous n’avons pas réussi à trouver une solution avec le Filmfong, qui ne disposait pas des moyens nécessaires, mais pas non plus avec le gouvernement, qui a dit être empêché par l'Europe, etc. Nous constatons simplement, que partout en Europe, il existe des studios de cinéma et que tous bénéficient d’aides."

Il est simplement extrêmement regrettable de devoir aujourd’hui abandonner tout cela. Disposer de l’ensemble des activités réunies sur un même site, dans ce que Filmland appelait un "one-stop shop", est loin d’être courant. À Kehlen, on trouvait en effet sur un seul et même site des studios de tournage, des bureaux de production, des installations pour le son, le montage, les effets spéciaux et la postproduction :

"Nous avons créé ici un véritable savoir-faire avec des personnes qui construisent des décors, des accessoiristes et tous les autres professionnels dont une production a besoin. Entre-temps, nous nous étions forgé une réputation en Europe de professionnels vraiment excellents. Honnêtement, aucune catastrophe majeure ne s’est produite ni rien."

Le directeur des studios Filmland, Jérôme Teewes, estime lui aussi que cette fermeture laissera un grand vide pour de nombreux acteurs du secteur :

"Pour moi, Filmland n’a jamais été un simple outil de travail ou un complexe technique : c’était un véritable lieu de vie. Un espace unique où une multitude de métiers, d'artisans, de techniciens et de créateurs se croisaient, échangeaient et faisaient vivre au quotidien le cinéma luxembourgeois pour donner naissance à de magnifiques projets. Je sais sincèrement que cette disparition laissera un grand vide pour de très nombreux acteurs de notre secteur. On pourrait légitimement s'inquiéter de l'impact négatif qu'aura l'absence de studios sur la diversité et l'ambition des projets qui pourront être produits au Luxembourg à l'avenir. Mais aujourd'hui, je fais le choix de retenir le positif. Je suis profondément convaincu que tout ce que Filmland a généré, porté et produit au cours de ces presque 14 années a laissé une empreinte indélébile chez chacun d'entre nous. Et c'est précisément cette mémoire vivante qui nous fera rapidement prendre conscience à quel point un studio de cinéma demeure un outil fondamental et indispensable pour notre industrie. Ce n'est qu'un chapitre qui se tourne, et ce que nous avons construit ensemble continuera d'inspirer la suite."

Selon Paul Thiltges, Filmland a joué un rôle extrêmement important, raison pour laquelle il se montre sceptique quant à la suite. Il garde toutefois l’espoir que la nouvelle génération de producteurs adoptera d’autres approches et trouvera de nouvelles solutions, même si elle ne pourra désormais plus tourner aussi facilement et aussi fréquemment en studio.

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