Carlo Goeres, propriétaire d'environ 80 ares de forêt à Goesdorf au Luxembourg, est contraint d’abattre les résineux que son père et son oncle avaient plantés. Il ne s'agit pas d'une opération commerciale, bien au contraire. Les épicéas sont mourants, attaqués par des scolytes, et Carlo n'a d'autre choix que de les abattre pour vendre le bois au rabais. Un choix cruel pour le propriétaire qui ne vit pas de sa forêt mais l'entretient par passion et par respect pour ses aïeux.
"C'est triste, mais c'est comme ça, relativise Carlo. Eux, ils ont travaillé pour nous laisser quelque chose et tu vois que, d'année en année, tu perds sans en voir la fin."
Les scolytes sont des coléoptères qui s’attaquent aux arbres affaiblis par la sécheresse en les creusant sous l’écorce, coupant ainsi la circulation de la sève. Leurs assauts se multiplient au fil des étés trop chauds, conséquence directe du réchauffement climatique.
Cet état des lieux est difficile à vivre sur le plan sentimental comme sur le plan économique. Il y a encore quelques années, le mètre cube se vendait 100 euros, aujourd’hui, quatre à cinq fois moins, soit autour de 20 euros.
"Depuis 2018, ça ne s'arrête pas, poursuit Carlo Goeres. Et d'année en année, j'ai l'impression que c'est pire. Tant que ça reste comme ça, pas de pluie et des été aussi chauds, le problème va durer à mon avis."

Ce problème n'est pas spécifique au Luxembourg et concerne toute l'Europe. Les millions de mètres cubes sciés en Allemagne font drastiquement baisser le prix du bois sur le marché.
Au Luxembourg, l’État aide les propriétaires privés qui subissent des pertes et qui veulent planter de nouveaux arbres. Ces derniers détiennent environ 50% du parc national, quand l'autre moitié appartient aux communes et à l'État. En France, où près de 5 millions de mètres cubes de bois sont estimés touchés depuis 2018, un plan de repeuplement a été annoncé et portera sur 50 millions d'arbres afin de lutter contre les effets du réchauffement climatique.