
Pour illustrer concrètement les dangers de la désinformation, le Coordinateur du Service éducatif du Zentrum fir politesch Bildung (Centre pour la formation politique) a cité mardi un exemple concret sur RTL. "L'assaut sur le Capitole en janvier 2021 à Washington les a, par exemple, montrés. Les assaillants estimaient que les élections leur avaient été volées et qu'ils avaient été trompés." Ils avaient simplement été remontés par la désinformation, a ajouté Romain Schroeder.
"En 2013 déjà, le Forum économique mondial avait dressé une liste des menaces qui pèsent sur notre société dans son World Risk Report: la désinformation en ligne y figurait, " a rappelé Romain Schroeder, "sur la même page que les dangers liés au changement climatique, au terrorisme ou aux pandémies. C'était un risque plutôt abstrait il y a 13 ans, mais il est nettement moins abstrait aujourd'hui." La désinformation consiste à "diffuser des mensonges sur une longue période dans le but de tromper délibérément." "Souvent, une désinformation ressemble à une véritable nouvelle, ce qui la rend doublement, voire triplement dangereuse." Avec l'intelligence artificielle, le risque de désinformation augmente. La désinformation ne doit pas être comparée à une mauvaise recherche ou à un malentendu. Derrière elle se cachent souvent "des acteurs politiques qui ont intérêt à discréditer leurs adversaires. Ou des gens qui veulent mettre en doute des faits ou détruire la confiance dans les institutions démocratiques."
"Pour contrer la désinformation, il faut intervenir en parallèle à différents niveaux", explique le coordinateur du Zenter fir politesch Bildung. "Avant tout, la vérification des faits (fact checking) est un élément important." Il existe des réseaux, comme par exemple l'EDMO, où des informations concernant toute l'Europe sont vérifiées.
"En plus, il faut créer un cadre légal." Aux Etats-Unis, par exemple, les plaintes pour diffamation sont très efficaces. Mais qu'il s'agisse du fact checking ou du cadre juridique, on est "toujours deuxième dans la course." D'abord, il y a une fausse information qui circule et qui cause déjà des dommages. C'est pourquoi il est "important de travailler préventivement, via la formation aux médias."
"Et pas seulement pour les jeunes, car ce sont précisément des plus de 45 ans qui propagent la majorité des fausses nouvelles." Ces derniers sont plus difficiles à atteindre, mais "ils peuvent être sensibilisés via des formations en entreprises, des associations de parents et des clubs."
Et un dernier point important est de "rechercher la confrontation directe avec des personnes qui diffusent de fausses informations ou des théories du complot", ajoute Romain Schroeder.
"Les médias sociaux ont une énorme influence sur la formation de l’opinion publique" et cela aussi doit être remis en question, selon Romain Schroeder. Rien que dans l'UE, l'entreprise Meta, qui regroupe Facebook et Instagram, touche environ 250 millions de personnes, sur 400 millions d'électeurs.
Pour appuyer son propos, Romain Schroeder a cité un nouvel exemple: "trois jours après l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, Meta a, par exemple, décidé qu'en Ukraine, en Moldavie et dans d'autres pays de la région, on pouvait souhaiter la mort de Poutine et ses soldats. Mais pas en France, en Allemagne en Belgique et au Luxembourg. Cela signifie qu’une entreprise privée, sans légitimité démocratique, a ouvert les canaux de communication et a décidé de ce qui pouvait être dit et de ce qui ne le pouvait pas. C'est un pouvoir énorme pour influencer le débat public, et il faut le remettre en question." Les responsables politiques doivent intervenir. Au niveau européen, un premier pas a été fait avec la loi sur les services numériques, mais cela ne suffit pas, selon Romain Schroeder.