Adriano à propos de son homosexualité"J'ai toujours su ce que je suis, mais je n'ai fait mon coming-out qu'à 20 ans"

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Adriano Lopes Da Silva, mieux connu sous le nom de CHAiLD sur la scène musicale, a dévoilé son homosexualité il y a quatre ans seulement.
© Adelisa Pjanic

Adriano, 24 ans, fait partie de la communauté LGBTIQ+. Il raconte comment il voit tout cela et s' il lui a été facile ou difficile de se retrouver dans une "catégorie".

Ce qu'Adriano juge avant tout important de dire, c'est qu'il ne représente ici que son opinion et qu'il ne peut pas s'exprimer au nom de toute la communauté LGBTQI+. "On me dit toujours que je fais partie de ceux qui représentent la communauté au Luxembourg. Mais je ne me sens pas du tout comme ça. Je fais effectivement partie d'une communauté, qui n'a pas de représentant."

Que penses-tu de toutes les catégories et des différentes dénominations?

"Cela vient de la volonté de se retrouver dans un monde dans lequel on ne s'est jamais retrouvé jusque-là. Chacun dans chaque catégorie veut se sentir représenté. C'est pourquoi une lettre est parfois ajoutée au terme générique. Je comprends cependant aussi quand des gens disent "En nous distinguant de plus en plus, nous faisons le contraire de nous serrer les coudes". Mon opinion à ce propos est "vivre et laisser vivre". Pour moi personnellement, peu importe que ce soit LGBTQ ou LGBTQAI+ ou autre. Je sais de quoi il s'agit. Pour moi, c'est suffisant. C'est pourquoi peu m'importe au fond si parfois une lettre est oubliée ou ajoutée. L'essentiel est que nous parlons d'une communauté de personnes qui ne rentrent pas dans la classe hétéronormative. Ce que je n'aime pas, c'est quand des gens sont attaqués parce qu'ils oublient ou ajoutent une lettre. Nous sommes une communauté. Nous luttons déjà avec suffisamment de problèmes au quotidien. Nous n'avons pas le temps de nous disputer entre nous."

A-t-il été simple ou compliqué pour toi de donner un nom à ton orientation sexuelle?

"Je me suis rendu la tâche très difficile. A présent, à 24 ans, je me dis que cela aurait pu être beaucoup plus simple. Dès l'âge de sept ou huit ans, il m'a été très difficile de réaliser que je suis différent. Au lycée aussi, j'ai tout fait pour le cacher. Mais j'ai su très tôt déjà ce que je serais. Il m'a fallu près de 20 ans pour l'admettre. Ce n'est qu'à 20 ans aussi que j'ai fait mon coming-out. Cela avait peut-être à voir avec mon environnement ou avec le climat au lycée, qui était un peu hostile aux homos. Le fait de ne vouloir décevoir personne, a aussi joué un rôle."

Comment vis-tu actuellement tout cela au Luxembourg?

"Ça va mieux. J'ai le sentiment que les jeunes y sont de plus en plus ouverts. Ça me fait plaisir de voir ça.
Je dois cependant dire aussi que la "vie normale" est différente, je pense. Moi, par exemple, je suis simplement heureux qu'il n'y ait pas de législation contre moi. Mais je traverse la ville et j'entends encore des remarques derrière mon dos. J'étais une fois avec mon compagnon dans un parking, nous nous sommes dit au revoir et une personne nous a montrés du doigt. Quand je tiens le bébé de quelqu'un ou que je dis bonjour à un enfant, je vois la réaction de la mère, qui est plus défensive. Et cela, c'est malheureusement encore ma vie normale. Il faut dire que pour notre communauté, le Luxembourg est l'un des pays les plus privilégiés.

Je suis heureux d'être un homme gay au Luxembourg, disons-le ainsi. Je suis même privilégié dans ma catégorie. Je suis blanc, je suis issu de la classe moyenne. Si je n'étais pas gay, j'aurais gagné à la loterie de la vie. Si j'étais de couleur, si j'avais des problèmes mentaux ou un handicap par exemple, ce serait très différent pour moi. Parce qu'alors on est gay plus encore autre chose, ce qui n'est pas considéré comme la norme dans la société. Mais je suis gay et blanc, et cela joue un grand rôle dans mon quotidien, parce que c'est plus facile. Et même ainsi, je vis des moments qui ne sont pas cool."

"Ne pas arrêter de se battre"


Même si vous pouvez bien vivre au Luxembourg en tant que membre de la communauté LGBTQI+, vous ne devez pas vous reposer sur vos lauriers, trouve Adriano.

"Avec notre Premier ministre, la communauté a une représentation d'enfer. Nous avons des réglementations et des lois qui nous protègent. Tout cela est bel et bien et aussi très important. Mais nous devons continuer à veiller à ne pas perdre toutes ces protections et à nous dire "oh, ça va déjà". Parce que comme nous le voyons en Europe en ce moment, parfois les choses ne sont plus aussi simples. Du jour au lendemain, un changement se produit et il entraîne une mentalité différente, qui se répand et qui se manifeste ensuite dans les lois. C'est précisément pour cela, qu'il est aussi important de s'engager politiquement, d'autant plus en tant que jeune."

Les lois et les droits actuels ont été obtenus de haute lutte au cours des dernières décennies et cela, on ne pourrait pas simplement l'oublier. Il faut rester actif. Pour cette raison, Adriano ne comprend pas que des jeunes n'aillent pas voter.

Dans le cadre de l'année électorale et du projet "Eis Stëmmen" ("Nos voix"), Adriano aka CHAiLD, a écrit deux titres sur des thèmes électoraux actuels. Dans l'un d'eux, il est aussi question de discrimination.

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