Travail du sexe"Il y a des webcams, des actrices et des prostituées au Luxembourg"

Gaël Arellano
Méconnue par certains et ignorée par d'autres, la prostitution n'en demeure pas moins une réalité au Luxembourg. C'était le sujet d'une table ronde organisée cette semaine au ErwuesseBildung dans la capitale luxembourgeoise.
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Mercredi des représentantes de la Croix-Rouge, de l’Université de Luxembourg et de la CCDH ont relancé le débat sur les réglementations en vigueur et la place qu’occupent les travailleuses du sexe dans la société luxembourgeoise.

"Le cadre légal n'encourage pas la prise de parole"
Salomé Lannier, docteure et chercheuse à l'Université du Luxembourg

"Le Luxembourg a adopté un modèle néoabolitionniste. Il pénalise les clients et considère les prostituées comme des victimes", a préfacé Jessica Lopes, modératrice de la table ronde et vice-présidente de l’ASTI. Un modèle vivement critiqué pour son manque d’efficacité sur le terrain. Car en réalité, "les clients sont rarement sanctionnés" au Luxembourg. Et les prostituées restent souvent livrées à elles-mêmes. Faute de statut ou de papiers, nombreuses sont celles qui n’ont même pas accès à la sécurité sociale.

Et celles qui y ont accès, ont souvent dû ruser pour arriver à leurs fins. Pour justifier leurs revenus, "certaines se font passer pour des masseuses ou des artistes" . Les autres restent dans la précarité et sont donc d’autant plus vulnérables à tous les dangers qu'impliquent leur profession. Ajoutez à ça une relation de méfiance avec les forces de police et vous avez un cocktail qui permet souvent aux proxénètes et aux criminels sexuels de passer entre les mailles du filet.

"Le cadre légal n’encourage pas la prise de parole", soutient Salomé Lannier, docteure et chercheuse à l’Université du Luxembourg. Elle explique que les clients ont parfois un rôle à jouer dans la prévention de crimes liés à la prostitution et au proxénétisme. "Il arrive que des clients donnent l’alerte quand ils se rendent compte qu’ils ont probablement affaire à une mineure. Cela n’est pas possible dans un système qui repose sur la pénalisation du client. "

Les limites du système légal luxembourgeois ont largement fait débat mercredi soir à l'Erwuessebildung. Noémie Sadler, avocate et présidente de la Commission consultative des droits de l'homme, a notamment déclaré qu'il fallait "réfléchir à un cadre légal plus efficace". Elle a également évoqué l'éventualité de "régulariser" les travailleuses du sexe tout en rappelant la position officielle de la CCDH: "La prostitution reste une violation des droits de l'homme."

"La prostitution reste une violation des droits de l'homme"
Noémie Sadler, avocate et présidente de la CCDH

En attendant de nouvelles réglementations, le service "dropIn" de la Croix-Rouge fait de son mieux pour offrir un soutien et un suivi médical à "toute femme ou à tout homme prostitué(e) sans distinction de nationalité, de statut ou d'âge". Ashanti Berrend explique qu'il s'agit "d'un service spécifique pour les travailleurs du sexe" et qu'il répond "aux besoins primaires comme manger, boire ou se protéger" .

Légaliser et encadrer ou interdire et punir?

Mais cela suffit-il vraiment? Si certains restent en faveur d'une prohibition pure et dure de la prostitution, la chercheuse Salomé Lannier rappelle que "punir fait souvent des victimes collatérales" sans forcément mettre fin au phénomène. Elle s'est intéressée aux approches des pays étrangers comme les Pays-Bas, l'Allemagne et plus particulièrement la Nouvelle-Zélande où la prostitution a été décriminalisée et encadrée. Et les constats sont assez encourageants.

Au Luxembourg, la dernière proposition de loi en ce sens a été déposée par un certain Fernand Kartheiser. Le député ADR plaidait pour la légalisation de la prostitution en tant qu'activité professionnelle indépendante. Le Conseil d'Etat a émis plusieurs réserves tandis que la Chambre de Commerce a soulevé des questions sur l'application et les conséquences d'une telle initiative.

Aux dernières nouvelles, aucune nouvelle législation n'est prévue pour légaliser ou encadrer la prostitution au Grand-Duché. Le dernier "Plan National Prostitution" remonte au mois de mai 2016 et la dernière grande étude de terrain à ... 2007. "Il serait peut-être temps de remettre le sujet sur la table", a conclu Jessica Lopes à l'ErwuesseBildung mercredi soir. Car "il y a des webcams, des actrices et des prostituées" au Luxembourg, a tenu à rappeler la docteure Salomé Lannier.

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