
La pétition qui réclamait l'obligation d'apprendre le luxembourgeois en tant que langue d'intégration, avait recueilli plus de 8.200 signatures, dépassant ainsi largement le seuil nécessaire à un débat public à la Chambre. Ce débat a eu lieu mercredi matin.
David Delvaux, le pétitionnaire, s'est dit préoccupé par le fait que la proportion de personnes déclarant le luxembourgeois comme langue principale ait diminué au cours des dix dernières années. Selon lui, le français domine au Luxembourg, tandis que l’anglais est de plus en plus utilisé, ce qui crée de nombreuses barrières pour les personnes qui ne maîtrisent pas bien le français, comme les personnes âgées ou encore les travailleurs frontaliers allemands.
"Il est alors plus simple d’avoir une langue commune obligatoire, qui serait le luxembourgeois, car c'est ce qui se passe à l'étranger. Je ne connais aucun autre pays où l’on ne peut pas utiliser la langue du pays parce qu’une autre langue y est majoritairement plus présente, comme c’est le cas ici au Luxembourg. Je le dis toujours très clairement : il ne s’agit pas d’exclure les gens. Nous devons préserver le multilinguisme, mais nous pourrions mettre en place des mesures permettant aux personnes d’apprendre le luxembourgeois sur une période plus longue."
Les députés ont alors directement soulevé plusieurs questions, surtout sur la manière dont l’obligation d’apprendre la langue devrait être mise en œuvre. David Delvaux a souligné à plusieurs reprises qu’il ne souhaitait exclure personne. Selon lui, il faudrait élargir les possibilités d’apprentissage, par exemple grâce à des heures de formation rémunérées ou à des cours du soir.
Il a également été souligné à plusieurs reprises que le fonctionnement du système de santé luxembourgeois dépend largement de travailleurs étrangers. Dans ce contexte, il ne serait pas réaliste d’attendre que chacun dispose du temps et des possibilités nécessaires pour apprendre le luxembourgeois.
Pour le ministre de la Culture, Eric Thill, de nombreuses pistes intéressantes sont ressorties de cette discussion. En revanche, il exclut l’idée de rendre l’apprentissage du luxembourgeois obligatoire :
"Vous pouvez sans doute l’imaginer : je ne suis pas un grand partisan du caractère obligatoire. Pour diverses raisons, ce n’est d’ailleurs pas possible. Le droit européen, à lui seul, ne le permet pas, et nous disposons déjà de lois et de règles qui encadrent cette question. En revanche, nous devons nous donner les moyens de motiver les gens à apprendre le luxembourgeois, en proposant davantage de cours, comme je vous l’ai expliqué."
Après un échange à huis clos, les députés de la Commission des pétitions se sont ensuite accordés pour ne pas retenir la proposition visant à rendre l’apprentissage du luxembourgeois obligatoire. La présidente Francine Closener a toutefois proposé le dépôt d’une motion :
"En tant que commission des Pétitions, nous rédigerons une motion contenant des points concrets sur lesquels nous sommes d’accord, que ce soit, par exemple, à propos des formateurs, du congé linguistique, des médiateurs linguistiques, surtout dans le secteur hospitalier, ou encore la mise en place d’incitations à l’apprentissage du luxembourgeois dans d’autres domaines. Nous formulerons tout cela dans une motion qui serait ensuite débattue ici, à la Chambre."