
Ines Kurschat, journaliste et présidente de l'association des journalistes ALJP a déclaré que depuis le début de la crise, il était difficile d'analyser la situation car la politique d'information du Luxembourg est "terriblement mauvaise", voire même pire avec l'actuel gouvernement que son prédécesseur.
Le directeur général d'Editpress et président du Conseil de presse partage cet avis et précise que la communication du gouvernement manque de professionalisme. Les médias dépendent des données des administrations pendant la crise mais elles sont rares. Les communiqués résumant les informations fournies lors des conférences de presse sont même inexistants, selon Jean-Lou Siweck qui souligne que cela n'a pas changé avec les vaccins.
Les experts médiatiques ont également observé un phénomène qui a pris de l'ampleur pendant la pandémie: la volonté de court-circuiter les journalistes en publiant des informations directement via d'autres moyens comme les réseaux sociaux. Jean-Lou Siweck ironise: "les journalistes posent des questions et s'octroient des libertés, ce qui est énervant".
Les autorités essaieraient donc de garder un certain contrôle de l'information. Ce qui se traduirait par un conflit de base, alors que le public pense généralement que la relation entre les médias et le monde politique est cordiale et que l'échange d'informations est fluide.

Pour l'historien Gilles Genot, les erreurs font partie du métier. Mais il faut s'en servir afin de ne pas perdre la confiance du public dans la presse. Une certaine méfiance risque de s'installer envers les médias traditionnels avec le risque que la situation s'envenime, comme on peut le constater de nos jours.
Pour Ines Kurschat, il faut également miser sur la précision de l'information et éviter les malentendus.
Les médias ont une responsabilité importante, encore plus en pleine période de crise. Celle du Covid a tout chamboulé, tout le monde était concerné, ce qui est relativement nouveau, selon Jean-Lou Siweck. Les gens aimeraient avoir des réponses concrètes à leurs questions. Mais ni les médias ni les scientifiques étaient en mesure de leur en donner.
Les médias auraient d'ailleurs dû fournir l'information comme quoi la vie devra continuer avec certaines zones d'ombre, ce qui n'est pas évident.
Pour Ines Kurschat, le problème du Luxembourg est que l'accès à l'information scientifique est pratiquement impossible. La plupart des scientifiques sont directement impliqués dans la task force du gouvernement ou ils ont été sommés de ne pas s'adresser ouvertement aux médias, alors que des millions d'euros étaient et sont toujours en jeu. Un réel problème qui se pose aux journalistes qui se retrouvent face au mur.
Depuis quelques temps, les médias sont souvent critiqués pour le manque de place réservée aux personnes qui pensent "différemment". Mais ce n'est pas le rôle des médias, selon Jean-Lou Siweck qui explique qui faut essayer de refléter la réalité. Si dans notre société des personnes ne croient pas aux informations officielles, il s'agit d'un phénomène intéressant qui doit également être traité sans oublier de remettre l'information dans son contexte sans gruger les autres lecteurs, auditeurs et téléspectateurs en leur expliquant ce que l'on peut retenir de ce point de vue de manière factuelle.
Pour l'historien Gilles Genot, les gens ont besoin de réponses après ou pendant une crise mais il faut également comprendre l'apparition de ces conspirations. Dans le cas du Covid, il est clair que les gens veulent des réponses mais que la science n'en a pas, qu'elles sont trop compliquées ou imprécises alors ils se tournent vers d'autres sources afin d'assouvir leur soif de réponses.
La multiplication de ces théories du complot est également due au partage de l'information des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou d'autres plateformes plus récentes comme Clubhouse qui ne sont accessibles qu'aux membres et donc fermées aux journalistes. Ce genre d'endroit permet la multiplication et la prolifération des conspirations sans que personne ne s'en aperçoive. Un phénomène qui freine le travail du journaliste sensé éclairer le public.
La désinformation sur ces plateformes représente un énorme problème dont on ne parle pas assez souvent au Luxembourg. La régulation de Facebook et des autres réseaux sociaux est importante car leur impact est énorme.
Une certaine compétence médiatique devrait à cet effet être enseignée à l'école afin de préparer les plus jeunes à avoir l'esprit critique. Les ados doivent pouvoir comprendre pourquoi ils voient certaines informations et d'autres pas. Le phénomène des "social bots", qui répandent un avis de manière massive, n'est pas non plus assez expliqué aux utilisateurs de ces plateformes.