Comment détecter les drones hostiles ?Drones et avions sont “très difficiles à différencier” en particulier la nuit

Samantha Weber
adapté pour RTL Infos
Après les incidents impliquant des drones au Findel et à Medernach, de nombreuses personnes aperçoivent des objets volants suspects dans le ciel. Mais peut-on vraiment distinguer un drone d’un avion la nuit ? Et comment le Luxembourg pourrait-il intervenir davantage? RTL a rencontré Gilles Rock et Nicolas Zharov, de la Luxembourg Drone Federation (LDF).

Même Gilles Rock, président de la Luxembourg Drone Federation (LDF), n’est pas en mesure de dire avec certitude quel type de drones a survolé vendredi les environs de l’aéroport. Compte tenu de la situation géopolitique actuelle, il ne peut exclure ni l’hypothèse de "mauvaises intentions", ni celle de "particuliers qui utiliseraient leurs drones, que ce soit pour prendre des photos, rechercher du gibier, ou encore dans le cadre d’applications professionnelles, par exemple pour effectuer des inspections ou des relevés".

Il est également difficile de déterminer s’il s’agissait d’un drone de loisir ou d’un drone professionnel. Certes, les drones commerciaux doivent présenter "certaines caractéristiques", comme des feux rouges ou verts, mais "selon la distance à laquelle ils se trouvent", il est "très difficile de déterminer s’il s’agit d’un grand drone situé loin ou d’un petit drone situé plus près". Cette évaluation est encore plus difficile dans l’obscurité, selon Gilles Rock.

Les différents feux ne permettent pas non plus de déterminer immédiatement s’il s’agit d’un avion ou d’un drone. Certes, les avions sont souvent équipés d’un feu stroboscopique "qui émet une lumière blanche", mais "ils ont également des feux rouges et verts", qui sont "assez similaires" à ceux des drones.

Il existe toutefois des différences en ce qui concerne la durée de vol et les mouvements. "La plupart des drones ont une autonomie maximale de 20 à 30 minutes. Les avions volent par principe plus longtemps." En outre, de "longs déplacements en ligne droite" indiqueraient plutôt qu’il s’agit d’un avion, tandis que des mouvements plus courts, allant de gauche à droite et inversement, feraient davantage penser à un drone. En raison de leurs quatre hélices, les drones produisent également un bruit différent de celui d’un avion. Mais là encore, plus l’appareil est éloigné, plus il est difficile de faire la différence.

Pour aider un non-spécialiste à déterminer ce qu’il voit dans le ciel, Gilles Rock conseille tout d’abord de consulter des applications comme "Flightradar". "On peut être surpris de voir à quel point les avions sont nombreux et à quelle distance ils restent visibles lorsqu’ils volent à plus de dix kilomètres d’altitude." Cela permettrait souvent d’exclure assez rapidement l’hypothèse d’un drone, selon le président de la LDF.

Comment le gouvernement peut-il détecter les drones hostiles et réagir ?

Le vice-président de la Luxembourg Drone Federation, Nicolas Zharov, explique qu’il existe "différents types de capteurs" permettant de détecter les drones. Il s’agit notamment de systèmes radar, de systèmes acoustiques, de systèmes visuels ou encore de systèmes d’imagerie thermique, "capables de détecter des drones la nuit". Ces systèmes ne constituent toutefois qu’une "réaction". Pour Nicolas Zharov, il faudrait davantage anticiper plutôt que réagir. Le problème des capteurs actuels réside dans leurs performances limitées. Les drones évoluent extrêmement rapidement, comme on peut notamment l’observer en Ukraine. Le Luxembourg devrait donc "être innovant" et "adapter sa stratégie afin de protéger notre espace aérien", souligne Nicolas Zharov.

Un système qui existe déjà en Europe, mais qui n’est pas encore utilisé au Grand-Duché, est le "Drone ID". Celui-ci permet d’identifier à la fois le pilote et le drone lui-même, explique Nicolas Zharov. Mais il faudrait surtout prendre conscience qu’à l’avenir, "il y aura beaucoup plus de drones dans les airs et que nous aurons besoin d’un système plus robuste pour gérer le trafic aérien". Grâce à des technologies telles que la 5G, il est possible d’obtenir "une représentation de l’espace aérien" au-dessus du Luxembourg. Pour cela, il faudrait toutefois créer les conditions favorables à l’innovation "afin que les entreprises puissent proposer de telles solutions". Selon Nicolas Zharov, cela ne peut se faire qu’avec une législation adaptée. La France et l’Allemagne constituent de bons exemples de pays ayant modifié leur législation afin de "permettre aux entreprises privées de contribuer à la protection de l’espace aérien au-dessus de sites sensibles et d’infrastructures critiques, comme les aéroports".

Mais le plus important reste avant tout la détection des drones. "Les drones peuvent arriver à très grande vitesse et il faut pouvoir les détecter de loin." Pour Nicolas Zharov, il faudrait donc "non seulement une solution nationale, mais surtout une solution européenne, en coopération avec les pays voisins, afin que nous puissions interagir et agir entre-temps". Le vice-président précise toutefois que, lors des incidents de ces derniers jours, le gouvernement a "réagi rapidement" et a ainsi mis en place "des solutions pour la protection de l’espace aérien".

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