
En 2012, l'"Abrigado" ouvrait ses portes aux toxicodépendants, route de Thionville à Bonnevoie. Une structure "provisoire", construite pour remplacer l'ancienne "Tox-in" devenue vétuste.
Huit ans plus tard, il y a au moins une chose qui est incontestable, résume Raoul Schaaf: "Chaque personne qui consomme des drogues à l'Abrigado est une personne qui ne consomme pas sur la voie publique!"
En effet, poursuit le directeur du Comité national de défense sociale (CNDS), l'Abrigado réduit les risques liés à la drogue, en offrant des salles de shoot et d’inhalation pour se droguer en toute sécurité, en proposant des seringues stériles, des soins d'urgence... Et surtout, "on essaie quand même d'avoir une vision globale de la personne pour mieux l'aider. On l'accepte comme elle est, et ensuite on élabore des pistes" pour la sortir de la spirale infernale de la drogue.
Mais hélas, la "Fixerstuff" est aussi, parfois, pointée du doigt. En concentrant une partie de la misère, elle favoriserait les incivilités dans les environs. C'est du moins l'avis de résidents de Bonnevoie interrogés en avril dernier par RTL 5 Minutes. C'est aussi l'avis d'un autre habitant: "On a pratiquement une intrusion par mois dans la résidence", témoigne-t-il cette semaine, excédé.
Conscient de la situation, Raoul Schaaf refuse pour autant de pointer les usagers de l'Abrigado. S'il y a des cambriolages à Bonnevoie, et que parmi les fautifs "Il y a des gens qui viennent à l'Abrigado, je n'ai aucune réponse à vous donner" répond-il. Cette problématique est en effet du ressort des autorités et en particulier de la police, que nous avons contacté (lire ici)
Il précise néanmoins qu'il ne reçoit "pas particulièrement de plaintes directes des résidents. Il y a un an et demi, on a eu plusieurs réunions de quartier, aussi bien à la rue de Strasbourg qu'au centre culturel de Bonnevoie. Et il y a des riverains qui nous ont dit qu'ils étaient même contents que l'Abrigado soit là où il est, car il y a peu d'impact sur le quartier". Au contraire, "si vous n'étiez pas là, on aurait encore plus de gens qui traîneraient dans nos jardins" avaient ajouté ces riverains.
Et, précise-t-il, "on échange régulièrement avec la police, la justice, les responsables des services sociaux... Cet échange était plus compliqué ces derniers temps avec le Covid, mais généralement on se voit tous les 6 semaines, pour améliorer les choses, à notre niveau".
Parlons-en, justement, de la crise: l'épidémie de Coronavirus n'a fait qu'empirer le problème, car les marginaux, en particulier les SDF, n'ont pas la possibilité de rester à leur domicile pour respecter les consignes sanitaires. "Ils restent donc dans la rue. Mais comme les rues sont désertées à cause de la crise, on a l'impression qu'ils sont plus nombreux, alors qu'ils sont surtout plus visibles."
Et cette crise a aussi rendu plus visible un autre problème: le manque de structures. "On arrive à la limite de nos capacités, avec 180 à 200 personnes accueillies par jour. Une des solutions pourrait être d'avoir encore deux ou trois structures supplémentaires comme la nôtre dans le pays." Car s'il faudrait "au moins une deuxième structure à Luxembourg-Ville", "le problème ne se limite pas à la capitale."
Un dernier chiffre, éloquent: "Au niveau de notre infirmerie, en novembre on a eu près de 900 visites, soit pratiquement le triple qu'en temps normal".