Une drôle de voiture circulait sur les routes du Kirchberg ce jeudi matin. Surmontée d'un capteur laser et bardée de plusieurs caméras, il ne s'agissait pas du véhicule d'une célèbre application de navigation... Mais bien d'une véritable voiture autonome conçue au Luxembourg. Elle vient de réaliser sa première sortie en conditions réelles.
Développée depuis 2018 par le 360Lab de l'Université du Luxembourg, un laboratoire consacré à la "mobilité intelligente", cette Kia électrique a été modifiée pour accueillir de nombreux équipements de recherche. Des appareils à destination des passagers, tous chercheurs et ingénieurs de l'Uni. Quant au conducteur, spectateur attentif de la route, il n'aura à toucher le volant ou les pédales qu'en cas d'urgence.
"C'est un véhicule autonome capable de rouler dans le trafic" nous explique Raphaël Frank, chercheur à la tête du 360Lab. Preuve qu'au Luxembourg, "on est capable d'utiliser la technologie de la voiture autonome", notamment pour faire de la recherche sur la mobilité de demain.
Il s'agit d'un outil unique qui permet de développer plusieurs technologies de partenaires de l'Université.
La voiture est notamment équipée d'un capteur ultra-sensible permettant la cartographie en temps réel de la route (et donc capable de détecter des obstacles inattendus), un ordinateur de bord avec une intelligence artificielle entraînée à la conduite, et surtout, une carte très détaillée du Kirchberg... Des outils qui touchent à la navigation, la cartographie, la robotique, la cybersécurité ou encore la connectivité des appareils.
"Notre but est de faire mieux que la conduite humaine" explique Raphaël Frank. "La conduite autonome a le potentiel de créer un écosystème de mobilité à la fois plus sûr et plus durable."
Le temps de réaction de l'intelligence artificielle est d'ailleurs bien plus rapide que celui d'un conducteur lambda. Au point qu'il a fallu brider un peu l'ordinateur pour lui demander une conduite plus souple et agréable pour les passagers.
Sur la route, les tests se sont passés sans encombre. Sur un circuit d'environ 3 km au Kirchberg, la voiture autonome a pu se mêler au trafic sans intervention d'urgence du conducteur. Le tout, en s'adaptant aux feux tricolores, en négociant des intersections compliquées et en choisissant la bonne voie à emprunter... Elle est aussi capable de traverser un rond-point et de réagir en cas de passage d'un piéton ou de l'arrivée d'autres véhicules avec lesquels elle partage la route.
Un deuxième véhicule de l'Université, cette fois conduite normalement, la suivait toutefois au cas où le système décidait d'un freinage trop appuyé et inattendu. Car la voiture autonome est sensible et prompte à freiner, notamment en cas d'obstacle. Ce qui arrivé lorsque deux voitures se sont rabattues un peu brusquement devant elle, lui offrant ses premières queues de poisson.
"On est encore loin d'une autonomie complète" tempère Raphaël Frank. "Il y a énormément de questions techniques et légales à résoudre. Surtout que les routes sont parfois compliquées en Europe, contrairement aux États-Unis où certains sont en avance sur le véhicule autonome. Mais ça viendra. On peut déjà faire face à de nombreuses situations de route." De quoi peut-être faire passer les conducteurs d'aujourd'hui au statut de simple passager de demain.