
"Tout va bien, je n’ai pas eu d’effets secondaires. Juste une douleur au bras durant quelques heures liée à l’injection intramusculaire. Mais c’est normal", raconte Catarina Fernandes huit jours après la piqûre. Ses yeux souriants et sa crinière blonde ont fait le tour des médias il y une semaine au moment du lancement de la campagne nationale de vaccination.
Sans que ce soit orchestré en coulisses nous a-t-elle assuré, Catarina Fernandes a été la première infirmière du Luxembourg à se faire vacciner contre le Covid-19 aux côtés de Kevin Nazzaro, son collègue de l’Unité 20 (U20). Prête à "montrer l’exemple" pour atteindre "une bonne couverture" car le vaccin "est une opportunité qui pourra peut-être permettre de maîtriser cette pandémie".
Depuis dix mois, le service des maladies infectieuses du CHL qui compte 24 lits et que dirige l’infirmière en chef, accueille les patients les plus gravement touchés par le Covid. Combinaison, gants, lunettes, masque FFP2… le protocole d’accès à l’unité verrouillée pour contenir le virus, est drastique. Au-delà de l’engagement sans faille des 24 soignants qui y travaillent, de la solidarité des autres services qui viennent prêter main forte, Catarina Fernandes est particulièrement fière d’avoir pu relever le challenge d’accueillir les familles et d’humaniser la sphère des patients qui sont face à des humains en uniforme dont on ne peut voir que les yeux.
Choisir, prévenir et faire entrer dans la bulle de l’U20 des proches, dans le respect des conditions sanitaires très strictes, est synonyme d’une organisation lourde. Mais "le temps consacré aux familles est bénéfique", assure Catarina.
Pour les patients qui sont en grande détresse psychologique ou en fin de vie, "ça apporte un soulagement, un vrai réconfort de revoir et de pouvoir toucher la main de la personne avec laquelle on partage sa vie , son conjoint ou un parent, un fils".

Patient et proches peuvent se toucher en étant gantés mais ne peuvent pas s’approcher à plus d’un mètre du visage. Comme ses collègues, Catarina a des destins humains liés au Covid plein la tête. "Je me rappellerai toujours de ce couple marié depuis 60 ans. Ce dernier au revoir d’une épouse à son mari. J’ai vu l’amour malgré le virus", glisse-t-elle pudiquement.
Durant la première vague "c’était psychologiquement terrible pour les infirmières" d’être témoins de départs qui ne soient précédés d’adieux de proche. "J’ai vu des infirmiers en détresse qui on dû sortir de chambres en larmes après avoir tenu longtemps une main", n’oublie pas la cheffe de l’U20. Les visites mais aussi les rencontres familiales via tablette, qui peuvent se faire jusqu’à quatre personnes et durer une demie heure, représentent un "bénéfice fou" pour les patients. Ils retrouvent le moral, le sourire et même l’appétit.
Pour "essayer d’humaniser notre regard, nous avons aussi collé de grandes photos de nous sur nos combinaisons avec notre nom et notre vrai visage dépourvu de tout cet attirail de protection", raconte Catarina Fernandes.
La bataille contre le Covid a aussi appris à la cheffe de service toute l’importance de "soigner" les "travailleurs de front" comme les a appelé récemment Paulette Lenert, ministre de la Santé, dans l’interview exclusive accordée à RTL 5 minutes.
Comme les réunions ne sont plus autorisées, il est d’autant plus crucial de libérer la parole mais aussi de répondre aux questions que pose le virus. Des groupes de parole et une aide psychologique ont lieu régulièrement. D’autant que "ce n‘est pas si fréquent d’avoir autant de décès en si peu de temps", comme nous l’avait confié début décembre, Elisabeth Lebailly, une ancienne sage-femme en retraite venue prêter main forte à ses collègues de l’U20.
La crainte de Catarina Fernandes en ce début janvier 2021 est de voir quelles seront dans son service les retombées post-fêtes de fin d’années. En octobre et novembre son service "n’a pas connu de répit" et "la vague a été beaucoup plus importante que la première".
Mais elle a été témoin d’un phénomène qu’elle qualifie de "grand danger" : la banalisation du Covid alors que "demain et après-demain des familles continueront à être endeuillées" à cause du virus. Elle rappelle que "ce n’est pas une prise en charge classique" et que le "virus est en embuscade pour devenir plus agressif".
"Dix mois, c’est clair, ça commence à être long", confesse Catarina Fernandes qui avait passé les deux premiers isolée à l'hôtel, le soir. Histoire de protéger les siens de la pandémie. Comme son unité a été la première du pays à avoir accueilli un patient atteint du Covid en février 2020, elle espère en ce début 2021 "avoir le dernier patient Covid, un jour".