
Seán McCormack est né en Irlande mais a passé trente ans de sa vie au sein de la communauté anglophone du Luxembourg. Il dirige depuis deux ans une équipe d’illustrateurs et d’animateurs pour une agence de création basée à Londres. Comme bon nombre des Britanniques (ou Irlandais) qui vivent encore au Grand-Duché, Seán a du mal à comprendre la politique de son nouveau pays de résidence pour faire face à l’épidémie du coronavirus: “Les mesures ici, et surtout à Londres, ne sont pas suffisantes pour réduire le nombre des infections. Le reste de l’Europe a fait d'énormes sacrifices. Au Royaume-Uni, c’est loin d’être suffisant. Les métros sont toujours en service, les gens les plus fragiles continuent d’aller faire leurs courses, d’aller au cinéma, d’aller au restaurant. Ce n’est pas assez.”

Certes, il y a eu revirement. Lundi soir, le Premier ministre britannique annonçait une série de mesures supplémentaires pour tenter de ralentir la diffusion de l’épidémie. Mais ces décisions, qui passent plus pour des recommandations — limiter ses déplacements, essayer d’éviter les pubs, les clubs et les théâtres —, restent étonnamment moins drastiques que celles prises ces derniers jours par les autres pays européens.
Pire encore, alors que ses voisins européens mettaient en place les premières mesures strictes comme la fermeture des écoles, des centres de vacances, des stations de ski, des frontières, des restaurants et des bars, l’interdiction des grands événements sportifs ou concerts, le Royaume-Uni misait sur l’immunité collective. Les conseillers de Boris Johnson ont estimé qu’il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte la maladie pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies. Aujourd’hui cette stratégie paraît pour le moins risquée.
C'est pourquoi le gouvernement a changé de braquet depuis hier, motivé par un rapport scientifique de l'Imperial College de Londres, que la presse britannique a rendu public lundi soir. D'après ce rapport, l'épidémie pourrait faire jusqu'à 510.000 morts au Royaume-Uni, dans le cas purement hypothétique où aucune mesure ne serait prise. Avec le type de réponse qui constituait jusqu'à lundi la ligne de conduite du gouvernement, les chercheurs estiment que le pays risquait jusqu'à 260.000 décès, en raison d'une "submersion" de son système de santé.
"Bon, je ne suis pas fan de BoJo, poursuit Seán McCormack, donc il ne faut pas se laisser trop influencer pas mon opinion. Il se fait plus de souci pour l’économie du Royaume-Uni que pour la santé du peuple. Il a peur de perdre le soutien des ses amis à la tête des grosses entreprises. Dans cette situation très difficile, on a besoin de quelqu’un à qui on peut faire confiance pour nous guider."
Bien sûr le ton a changé ces derniers jours, mais le Royaume-Uni n’a rendu aucune mesure obligatoire pour l’instant et le weekend dernier encore se tenaient des concerts rassemblant des milliers de personnes, à l’instar de celui des Stereophonics à Cardiff samedi qui a fait polémique outre-Manche.
Aujourd’hui, depuis la capitale britannique, Seán McCormack attend des jours meilleurs. “Toute ma famille se trouve au Luxembourg ou en Irlande. Je reste en contact par Whatsapp ou par téléphone. Je ne suis pas vraiment inquiet pour leur santé, mais plus par les difficultés qu’on vit tous avec ces mesures difficiles mais néanmoins nécessaires”.
Selon le STATEC, au 1er janvier 2019, le Grand-Duché comptait 5.766 personnes de nationalité britannique constituant ainsi la 7e communauté étrangère au pays. À ce nombre s’ajoutent 1.382 personnes qui ont été comptées comme Luxembourgeoises alors qu’elles possédaient également la nationalité britannique.