Pour une banque dont c'est le fond de commerce, on pourrait croire que le bénéfice dégagé aurait été moins important mais ce serait sans compter sur la hausse des taux d'intérêt. Interrogée à ce sujet, Doris Engel, nommée en 2018 au comité de direction de la Spuerkeess explique que ça "a bien évidemment joué un rôle". Cependant, elle attire l'attention sur la période qui a précédé les hausses successives des taux directeurs de la BCE.
"La situation s'est renversée", a-t-elle déclaré en faisant référence à la période où la Banque Centrale Européenne proposait des taux négatifs. "Nous n'avons jamais proposé des taux négatifs à la Spuerkeess et nous en avons fait les frais", réagit Mme Engel qui estime qu'il s'agit presque d'une correction logique. "On a récupéré notre marge par rapport à ce qui s'est passé ces dernières années", a-t-elle commenté.
Pour sa part, Françoise Thoma, directrice générale de la banque a rappelé que si les taux d'intérêt ont eu "un impact important", le résultat financier "n'était pas un but en soi". Elle a insisté sur le fait qu'il fallait préparer l'avenir et que ce bénéfice "record" allait contribuer à concrétiser d'importants projets dans les années à venir. La dirigeante a notamment évoqué des investissements dans la cybersécurité, la digitalisation des canaux de distribution de la Spuerkeess ou encore la modernisation et l'ouverture de nouvelles agences.
Ces bons résultats doivent également permettre à la Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat de créer de nouvelles provisions, de garder un capital propre élevé et de conserver la notation AA de l'établissement. "Nous faisons partie d'un club restreint de banques très bien notées", s'est-elle empressée d'ajouter. Mme Thoma a aussi souligné l'importance d'investir dans son personnel afin de "garder les talents". Le projet de sites "décentralisés" pour permettre aux employés frontaliers de ne pas avoir à subir constamment le trafic a également été mentionné.
Mais si les résultats financiers sont bons, tous les feux n'étaient pas au vert pour autant. La Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat n'a conclu "que" 2450 prêts immobiliers en 2023. C'est moitié moins que les années précédentes, nous a confirmé Romain Wehles qui occupe le poste de directeur commercial auprès de l'institut financier. La Spuerkeess a également dû composer avec de nombreuses restructurations de dettes pour accommoder des promoteurs en difficulté.
Ces données n'ont néanmoins pas de quoi inquiéter la direction de la Spuerkeess qui s'est montrée confiante en ce qui concerne sa stratégie long terme. Olivier Wantz, à la tête du département de la gestion des risques, admet cependant qu'il faudra "encore bien provisionner les risques pour l'année 2024". Un point de vue partagé par la directrice générale de la banque qui s'est fendue d'un "le métier de banquier impose aujourd'hui de plus en plus de prudence".
Malgré l'impasse dans laquelle se trouve le marché du neuf, François Thoma table sur une légère reprise en 2024. Elle a rappelé l'importance d'un "marché de l'immobilier qui fonctionne pour les finances du pays". D'après nos informations, le marché de l'existant montrerait, pour sa part, des signaux positifs. Cela couplé aux aides qui sont sur le point d'être votées par la Chambre des députés pourrait potentiellement changer la donne. C'est du moins ce que croit le comité de direction de la Banque et Caisse d'Epargne de l'Etat.