Accord UE-MercosurAgriculteurs et défenseurs de l'environnement mettent en garde contre ses conséquences

Chris Meisch
Lynn Cruchten
traduit pour RTL Infos
Tant les agriculteurs luxembourgeois que Greenpeace Luxembourg critiquent l'accord de libre échange, mais pas de la même manière.

Après 25 ans de négociations, l’accord UE-Mercosur doit être signé le 17 janvier. L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) prévoit en gros la suppression de nombreux droits de douane. La Commission européenne en attend une hausse des exportations européennes, par exemple de voitures, en Amérique du Sud. En contrepartie, les pays du Mercosur exporteront vers l’Europe des produits agricoles et des matières premières. Les agriculteurs craignent que cet accord n’inonde le marché européen de viande bon marché en provenance d’Amérique du Sud. Les organisations environnementales sont également critiques vis-à-vis de cet accord.

Les images en provenance de France, d’Irlande et de Belgique parlent d’elles-mêmes : des agriculteurs en colère manifestent contre l’accord UE-Mercosur. Au Luxembourg, pas de grandes actions de protestation, mais l’accord de libre-échange n’est pas bien accueilli non plus.

Greenpeace Luxembourg, par exemple, met en garde contre de lourdes conséquences pour l’environnement, le climat et les droits des populations indigènes. Les syndicats agricoles “Baueren Allianz” et “Bauerenzentral” se montrent également critiques, mais d’une manière différente.

La Baueren Allianz plaide certes pour davantage de commerce, mais exige des règles claires et contraignantes pour tous. Les agriculteurs luxembourgeois produisent avec des normes élevées en matière d’environnement, de protection animale et de santé. Des normes qui doivent également s’appliquer aux produits importés, faute de quoi il y aura une concurrence déloyale, souligne le syndicat dans un communiqué.

La Bauerenzentral, pour sa part, dit comprendre les actions de protestation des agriculteurs à l’étranger, mais se distancie clairement des manifestations violentes et souligne l’importance d’un commerce régulé et équitable. Son président, Christian Wester, se montre critique vis-à-vis de l’accord :

C’est comme si nous disions demain, en matière de circulation : ‘Toutes les voitures immatriculées au Luxembourg doivent rouler à 30 km/h, et toutes celles qui ne sont pas immatriculées au Luxembourg peuvent rouler comme elles en ont envie et ne doivent plus respecter le Code de la route.’ Alors les automobilistes monteraient aussi aux barricades au Luxembourg. C’est exactement la même chose avec le Mercosur, et les gens sont frustrés, ils sont, dans certaines régions d’Europe, à la limite de la survie.

Selon les estimations de Greenpeace Luxembourg, l’accord renforcera l’agro-industrie en Amérique du Sud et contribuera indirectement à la poursuite de la déforestation de la forêt amazonienne. Gauthier Hansel, chargé de campagne chez Greenpeace Luxembourg, considère l’accord Mercosur comme une attaque sérieuse contre la biodiversité, le climat et les droits humains :

Ce traité va contribuer à augmenter les émissions de gaz à effet de serre. Donc, il est incompatible avec nos objectifs climatiques européen-luxembourgeois, ce qui va contribuer à renforcer la déforestation notamment dans l’Amazonie, une région qui est déjà proche d’un seuil de non-retour. Enfin, il était négocié pendant plus de 25 ans sans la participation des peuples autochtones, alors qu’il va directement impacter leurs droits et leur territoire.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendra samedi au Paraguay pour signer l’accord avec les dirigeants politiques de l’Union Mercosur. Le traité devra ensuite être ratifié par le Parlement européen, où une grande partie de l’opposition continue de s’y opposer fermement.

Back to Top
CIM LOGO