
Le président de l'Union des Entreprises (UEL), Michel Reckinger, s'est dit surpris par cette revendication "un peu déconnectée du temps présent".
La CGFP méconnaît la réalité du Luxembourg en Europe, selon Michel Reckinger. Les performances économiques chutent, le PIB n'est que de 0,5%. En plus, les caisses de retraite et de maladie sont vides, la productivité des entreprises est en baisse depuis des années. Le directeur de la Fédération des Artisans, Romain Schmit, partage cet avis.
Après tout, l'indexation des salaires compense déjà l'inflation, considèrent les deux. Michel Reckinger se demande où sont les gains de productivité, qui constitueraient le complément de salaires. "Nous ne les voyons pas, et certainement pas auprès de l'État", note le président de l'UEL. Chaque ministre demande plus de fonctionnaires, "seulement des effectifs supplémentaires", selon Romain Schmit. Mais personne n'envisage comment augmenter la productivité de l’État. Il faudrait éventuellement envisager de supprimer des administrations, d’avoir moins d’État.
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Avec la suppression de l'évaluation individuelle et de la règle des 80-80-90, ce sont des mesures qui avaient été introduites pour rapprocher le privé et le public, qui ont été supprimées, remarquent les deux représentants du patronat.
A présent, par contre, une forte augmentation des salaires dans la fonction publique accentuerait encore la pression sur toutes les entreprises pour recruter du personnel. Les salariés du privé aimeraient avoir les mêmes conditions et les mêmes salaires que dans le public, mais les employeurs privés ne peuvent pas le payer. "En remettre encore une couche sera néfaste pour l'ensemble du secteur privé, qu'il s'agisse d'attirer de nouveaux employés ou de les garder dans les entreprises", selon le président de l'UEL. "L'industrie a des difficultés, le commerce a des difficultés, tous les secteurs. Même le secteur financier, qui veille à faire tourner le pays", indique Romain Schmit. Et d'ajouter: "Désolé, ce n'est plus normal. Au Luxembourg, c'est le monde à l'envers".
Aujourd’hui déjà, l’État offre généralement les salaires les plus élevés de tous les secteurs et une garantie de l’emploi absolue. "Et puis les autres, qui ne font pas partie du club, devront bosser encore plus, pour rapporter encore plus de recettes fiscales, pour pouvoir payer encore plus pour ça", selon Romain Schmit. Son souhait est que la CGFP garde le sens de la mesure. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas l’État qui gagne de l’argent et qui finance tout cela. Les plus-values sont générées dans le secteur privé et reviennent ensuite à l'État via les impôts. Et c'est alors que s'opère la redistribution.
Le président de la CGFP, Romain Wolff, et le ministre de la Fonction publique, Serge Wilmes, n'ont pas réagi à notre article. Il s'agit bien entendu simplement d'une revendication de la CGFP et souvent, les syndicats entrent en négociations avec des revendications maximales. Mais au final, il s'agit quand même de millions de dépenses pour l'Etat. Selon nos calculs, une augmentation de la valeur du point d'1% représente une dépense supplémentaire de 40 à 50 millions d'euros par an pour l'État.