
En 2021 et 2022, 127 cas de traite d'êtres humains ont été dénombrés au Luxembourg. Les victimes viennent majoritairement d'un pays tiers et contrairement au dernier rapport, il y a cette fois plus de femmes (67) que d'hommes (60) parmi les victimes. Cela s’explique par la découverte par la police d'un vaste réseau de prostitution forcée en 2021. Les victimes de traite d'êtres humains viennent surtout d'Ukraine, de Russie et de Chine. Leur origine joue un rôle quant à la forme d’exploitation.
Fabienne Rossler, secrétaire générale de la CCDH: "Les victimes originaires de Chine et du Népal sont toutes exploitées dans des restaurants. Les victimes originaires d'Ukraine et de Russie proviennent en majorité d'un grand réseau de prostitution forcée. Rien n’indique que cela ait quelque chose à voir avec la guerre en Ukraine, car cela a déjà commencé en 2021. Une instruction est en cours, de sorte que nous n'avons pas beaucoup d'informations. Nous savons seulement que le principal responsable est une femme, qui vient aussi d'Ukraine."
Parmi les 29 auteurs de trafic d'êtres humains identifiés en 2021 et 2022, sept sont des femmes. La Commission consultative des droits de l’homme constate que le nombre de victimes augmente aussi dans le monde du travail. Les secteurs les plus concernés sont l'horeca et la construction.
Dans le monde du travail, seules des peines avec sursis intégral sont prononcées. Les établissements concernés ne sont pas fermés.
Max Mousel, juriste à la CCDH: "Cela signifie que dans le cas où quelqu'un est exploité dans un restaurant, par exemple, l'établissement peut ensuite poursuivre son activité. C'est différent pour l'exploitation sexuelle. En ce qui concerne les cabarets, des fermetures sont régulièrement prononcées. On se demande pourquoi ce n'est pas fait aussi [dans le cas du restaurant]."
La CCDH arrive à la conclusion que la traite des êtres humains reste une infraction pénale lucrative pour les auteurs et désastreuse pour les victimes.
Les auteurs s'en sortent le plus souvent avec une peine de prison avec sursis et une amende sans rapport avec le profit qu'ils ont réalisé. Les victimes demandent rarement une indemnisation et quand elles le font, elles n'obtiennent qu'une fraction de ce qu'elles demandaient devant la justice. En 2021 et 2022, elles ont obtenu entre 1.000 et 5.000 euros.
En outre, la CCDH critique entre autres le travail de la Direction de l’immigration et de l'Office national de l'accueil (ONA). En deux ans, ils n'ont quasiment découvert aucune victime de trafic d'êtres humains.
Le président de la CCDH, Gilbert Pregno: "Il est difficile d'imaginer comment ils s'y prennent quand on sait combien de trafiquants d’êtres humains sont actifs entre la Libye et Lampedusa.C'est une question qu'il faut se poser."