Specimens très recherchésDes oiseaux protégés saisis sur l’A4 remis en liberté

Anaïs Riffi
Interceptés fin janvier lors d’un contrôle douanier sur l’autoroute A4, des chardonnerets élégants, espèce strictement protégée, ont échappé à un trafic illégal. Après quinze jours de soins au Centre de sauvegarde de la faune lorraine, seize survivants ont été relâchés ce jeudi à Valleroy en Meurthe-et-Moselle.
© Anaïs Riffi

Le lâcher est intervenu en début d’après-midi ce jeudi, et ce malgré un temps pluvieux après “une remise en état”, lance Alexandre Portmann responsable du CSFL. Dans l’enceinte du Centre de sauvegarde de la faune lorraine (CSFL), à Valleroy, les cages se sont ouvertes les unes après les autres. Seize chardonnerets élégants ont ainsi retrouvé la liberté, quinze jours après leur saisie par les douanes sur l’autoroute A4. Sur les dix-neuf spécimens initialement interceptés, trois n’ont pas survécu aux conditions du transport clandestin.

L’affaire remonte au 28 janvier, lors d’un contrôle ciblé au péage de Beaumont. Les agents de la brigade des douanes de Mont-Saint-Martin, appuyés par les motards de Metz, ont intercepté deux véhicules en provenance de Roumanie. À bord, dix-neuf chardonnerets élégants ont été découverts, dissimulés dans des contenants inadaptés, sans ventilation ni documents réglementaires. Cette espèce d’oiseau chanteur, prisée pour son plumage et sa voix, fait pourtant l’objet d’une protection stricte au niveau européen.

Sur le marché clandestin, un spécimen peut se négocier entre 250 et 1.000 euros, en fonction de son chant ou de ses couleurs”, explique Alexandre Portmann.

Selon les premiers éléments partagés par les douanes, les oiseaux étaient destinés à la revente en région parisienne et en Normandie, où la demande demeure élevée malgré l’interdiction de capture et de détention.

Quinze jours de soins intensifs pour stabiliser les survivants

À leur arrivée au centre de Valleroy, les oiseaux présentaient un état sanitaire préoccupant. “Certains sont arrivés trempés, d’autres carencés ou incapables de se nourrir seuls. Quinze individus avaient été entassés dans une boîte exiguë, équivalente à une boîte à chaussures, aggravant le stress et les risques sanitaires”, déplore le responsable.

Le centre lorrain, spécialisé dans la réhabilitation de la faune sauvage, a engagé une phase de soins intensifs pendant quinze jours. “Nous avons procédé à une réalimentation progressive et à des soins, notamment des apports en vitamines”, précise-t-il. Malgré ces efforts, deux autres oiseaux sont morts des suites de leur mauvais état initial. “Lorsqu’on saisit des animaux vivants, il faut trouver rapidement une structure capable de les accueillir. Ici, leurs chances de survie étaient réelles”, soulignent les douaniers présents sur place.

Un relâché local pour favoriser leur adaptation

La remise en liberté s’est déroulée sur le site même du centre, dans un environnement jugé favorable à l’espèce. “Ils peuvent vivre dans la région, c’est pourquoi nous les relâchons ici”, explique Alexandre Portmann. Ce type de saisie n’est pas isolé. Le centre indique avoir déjà accueilli des chardonnerets issus de trafics similaires sur le même axe autoroutier. Pour les associations de protection de la nature, ces captures restent difficiles à quantifier mais témoignent d’un commerce encore actif, alimenté par la facilité de capturer des oiseaux dans la nature et par leur forte valeur marchande.

Apprécié pour ses couleurs vives et ses capacités vocales, le chardonneret élégant est régulièrement ciblé par les réseaux clandestins. “Ces espèces sont victimes de leur beauté et de leur chant , résume un représentant de la Ligue pour la protection des oiseaux de Meurthe-et-Moselle. Leur hybridation avec des canaris, recherchée pour produire des oiseaux chanteurs, alimente également la demande.

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