"La menace s'accentue"Pourquoi le loup devient un sujet brûlant en province de Luxembourg

Luc Suriant
La classe politique vient à la rescousse des éleveurs en demandant une réponse adaptée aux attaques. Les amoureux des canidés dépassionnent le débat.
© DENNIS WACHTEL/Dennis - stock.adobe.com

La menace s’accentue. La présence avérée de deux meutes de loups, l’une dans la forêt d’Anlier, l’autre dans le massif de Saint-Hubert, tient en alerte les éleveurs qui constatent les dégâts dans leur cheptel.

Deux moutons ont été retrouvés égorgés dimanche dernier dans un enclos situé à proximité de La Roche-en-Ardenne. Des prélèvements ont été effectués pour savoir si le loup est à l’origine de cette attaque, alors que celles qui ont décimé des troupeaux à Louftémont et à Bande il y a quelques semaines sont bien imputables au canidé.

François Huberty, député au Parlement wallon et bourgmestre de Neufchâteau, est monté au créneau. «Le constat est clair: la présence du loup s’étend en Wallonie et la pression augmente sur nos éleveurs. Avec 31 louveteaux recensés en 2026 et plusieurs meutes désormais installées dans nos massifs, nous devons adapter notre réponse», confesse l’homme politique. «Je salue l’élargissement récent de la Zone de Présence Permanente, qui permettra à davantage d’éleveurs d’accéder aux aides à la protection des troupeaux. Mais cela ne suffit pas.»

Dans les tuyaux, le Plan Loup 2026-2030 est attendu dans les prochains mois. Il est le fruit d’une réflexion basée sur ce qui se fait dans les pays voisins et notamment l’Allemagne et doit, entre autres, permettre aux éleveurs d’être indemnisés à 100% en cas d’attaque alors qu’ils ne le sont qu’à 80% aujourd’hui. L’idée est aussi d’accompagner l’installation du prédateur en le protégeant et définir un habitat qui doit permettre le redéveloppement naturel d’une population en Wallonie tout en facilitant la cohabitation avec les acteurs de terrain.

François Huberty, lui, demande notamment des indemnisations plus simples et plus rapides, davantage de moyens pour protéger les troupeaux et une meilleure information du public et des professionnels.

Pas question de prélèvements

Le naturaliste Hans Westerling apporte quelques précisions au débat. «Oui, la situation évolue et les attaques sont plus nombreuses même s’il faut toujours attendre que l’ADN parle. Le méfait peut aussi avoir été commis par un loup issu d’une dispersion, c’est-à-dire de passage. Je rappelle aussi que le gibier sauvage constitue la nourriture d’un loup à hauteur de 97% et que les ovins constituent les 3% restants. Et que la grande majorité des troupeaux attaqués n’étaient pas protégés.»

Le spécialiste des loups se base sur des études récentes, mais admet que la situation est très fluctuante et peu évoluer très vite. Au point de devoir prendre des mesures plus radicales? «Les politiques s’en mêlent et certains mettent la pression pour que le Plan Loup prévoit des mesures de prélèvement comme en France, c’est-à-dire qu’elles permettent de tuer le loup, ce qui ne figure toutefois pas encore au menu des négociations. Tout au plus un loup à problèmes pourrait être ciblé, encore faut-il définir ce qu’est un loup à problèmes.»

La particularité du territoire wallon et plus singulièrement de la province de Luxembourg ne facilite pas les choses. Le monde agricole, à qui certains naturalistes reprochent une approche psychorigide de la situation, est déterminé à défendre ses acquis, rappelant au passage qu’à côté des brebis tuées, d’autres sont traumatisées et ne donnent plus naissance comme avant. Le chantier reste donc très vaste. Et source de crispations…

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