Confinement en FranceLes petits commerçants se révoltent

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Grosse colère des commerces indépendants jugés "non nécessaires" et obligés de fermer, à la différence des grandes surfaces. Certains refusent même de suivre les consignes.
© LIONEL BONAVENTURE / AFP

Ce nouveau confinement est prévu a minima jusqu’au 1er décembre. Il est, certes, plus souple que celui de mars-avril, mais il est très mal vécu par de nombreux petits commerçants.

Pour Catherine Vuillemin, bijoutière à Bouzonville, et contrainte à la fermeture, c’est la consternation. Après le choc de l’annonce passé, elle se dit en colère, et comme les autres commerçants de sa ville, dénonce une injustice.

C’est une concurrence déloyale des grandes surfaces et des géants d’internet.

À deux mois de Noël, elle craint pour son commerce “On encourage les Français à acheter sur des plateformes comme Amazon, qui tuent l’emploi chez nous et ne payent pas d’impôts.

Et ils sont nombreux les petits commerçants à ne pas accepter la fermeture qui leur est imposée, alors que les écoles restent ouvertes.

Les guichets des services publics ou les marchés alimentaires ne ferment pas (sauf si le préfet en décide autrement), et certains magasins bénéficient de dérogations. Mais les commerces jugés “non-essentiels” (dont les bars et restaurants) doivent baisser leur rideau.

BRONCA DES COMMERÇANTS

Cette dernière mesure a provoqué une bronca chez de nombreux commerçants, dont les libraires, furieux que de grandes enseignes restent ouvertes et de la concurrence des plate-formes de vente en ligne.

Face à la polémique, la Fnac-Darty a décidé, vendredi, de fermer “l’ensemble des rayons culture” de ses magasins, “dans un souci de responsabilité”. Et le gouvernement a annoncé dans la soirée que les rayons livres et culture des grandes surfaces alimentaires et spécialisées seraient “momentanément fermés dès ce soir”, par “souci d’équité entre grandes surfaces et les librairies indépendantes”.

De nombreux commerces, comme ceux de vêtements et de jouets, s’alarment d’une fermeture pendant la période-clé précédant les fêtes de fin d’année. La fédération des marchands de jouets a annoncé le dépôt d’un référé devant le Conseil d’Etat contre la vente de jouets dans les hypermarchés.

LA RÉSISTANCE S’ORGANISE

Moi je pense qu’on sera fermé jusqu’en janvier”, lance, fataliste, un restaurateur qui range sa terrasse sur la place du Capitole à Toulouse.

Mais d’autres ont décidé de se battre et vont même jusqu’à désobéir. Nathalie Pillard, tenancière du bar-restaurant Chez Nath, à Bellegarde-sur-Valserine, dans l’Ain, refuse de fermer son établissement. Elle a même tenu à répondre au président de la République dans une vidéo qui fait le buzz sur Facebook.

Le ministre Bruno Le Maire dit comprendre “la colère des commerçants (...) d’autant plus que les fêtes de Noël approchent et que beaucoup ont constitué des stocks”.

C’est un vrai coup dur. Mais nous ne laisserons tomber personne. Nous apportons à ces commerces fermés un soutien économique massif, encore plus puissant que lors du premier confinement”, a-t-il déclaré au Parisien de samedi.

Des maires de villes moyennes, comme Perpignan, ou plus petites comme Brive ou Aubusson, ont pris des arrêtés, autorisant l’ouverture de commerces non-alimentaires. Ils ont argué, comme le maire de Brive, Frédéric Soulier, d’une “rupture d’égalité entre petits commerces et grandes et moyennes surfaces”. Plusieurs préfectures ont demandé aux maires en question de retirer leurs arrêtés.

BIBLIOTHÈQUES DÉVALISÉES

Il y a trois changements majeurs par rapport au printemps: écoles, collèges et lycées rouvriront lundi après les vacances de la Toussaint, on pourra rendre visite aux résidents des Ehpad et le travail pourra continuer.

Mais “le recours au télétravail doit être le plus massif possible”, “cinq jours sur cinq”, selon Jean Castex. Ce n’est “pas une option”, mais une “obligation”, a insisté la ministre du Travail Elisabeth Borne.

Mais “nous, dans le BTP, on continue à travailler. Heureusement!”, se réjouit, masque sur le visage et lunettes embuées, un ouvrier qui travaille à la rénovation d’un bâtiment dans le centre de Strasbourg moins peuplé que d’habitude.

En prévision de ce reconfinement, les Français se sont préparés, faisant parfois le plein de papier-toilette, ou de livres comme dans les bibliothèques de Bordeaux, prises d’assaut jeudi.

Les autorités feront le point tous les 15 jours sur l’évolution de l’épidémie pour voir si les mesures doivent être renforcées ou allégées. L’objectif de l’exécutif est de parvenir “à environ 5.000” cas de contamination par jour, contre plus de 47.000 enregistrés jeudi.

Vendredi, une personne sur cinq testées était positive et le nombre de patients hospitalisés en réanimation ou en soins intensifs s’élevait à 3.368, avec 422 nouvelles admissions depuis la veille. Le nombre de morts atteignait 36.565, avec 256 décès enregistrés ces dernières 24 heures.

LA DETTE S’ALOURDIT

Sans surprise, le reconfinement va peser lourdement sur l’économie française. Le gouvernement s’attend désormais à une récession un peu plus grave que prévu cette année, malgré le fort rebond de l’économie française au troisième trimestre.

Le Secours populaire a lancé un “puissant appel” à la solidarité, l’association avertissant que “La crise sanitaire a pour conséquence une montée de la pauvreté et de la précarité”.

Le produit intérieur brut (PIB) devrait se contracter de 11%, a indiqué Bruno Le Maire, qui prévoyait jusqu’ici une récession, déjà importante, de 10%. La dette publique va frôler les 120% (119,8%) du PIB en 2020, contre 117,5% prévu il y a peu, a précisé le ministre au Parisien.

Une situation d’autant plus compliquée pour le gouvernement qu’il fait face à une autre urgence, celle de la sécurité, après l’attentat islamiste qui a fait jeudi trois morts dans une église de Nice.

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