
Les parents du jeune homme sont "effondrés" et en ont "ras-le-bol (...) de constater toute cette récupération politique" autour du meurtre de leur fils, violemment agressé le 30 mai au petit matin à Metz et mort des suites de ses blessures trois jours plus tard, a expliqué mercredi leur avocate, Sophie Friha.
Noahm a été associé mardi à la minute de silence observée à l'Assemblée nationale pour Lyhanna, tuée à 11 ans dans le Gers.
"On ne veut pas que Noahm soit instrumentalisé par un parti" politique, a déclaré l'avocate, disant que les parents de la victime veulent surtout "une prise de conscience sociétale" et davantage "d'éducation" des jeunes face à la violence.
"Ce qui n'est plus tolérable, c'est qu'il n'y a pas une année où il n'y a pas un enfant qui meurt pour rien, pour un regard, au centre-ville de Metz", a poursuivi Me Friha.
La motivation homophobe de l'agression "n'est pas une piste retenue, ni fermée" pour l'instant, a souligné l'avocate. "L'enquête est en cours" et "il faut laisser faire la justice".
"Il était de notoriété" que Noahm était homosexuel, "ce n'est pas caché et ça n'a jamais posé problème" dans sa famille, a-t-elle assuré.
Pour l'heure, les premiers éléments de l'enquête ne permettent pas d'étayer une dimension homophobe de ces faits, selon le procureur de la République de Metz, David Touvet.
Deux hommes de 20 et 27 ans ont été mis en examen et écroués pour "meurtre aggravé par l'état d'ivresse manifeste", crime faisant encourir la réclusion criminelle à perpétuité.
"Le juge d'instruction est saisi de faits, et non d'une qualification pénale figée", ainsi que de "l'ensemble des circonstances aggravantes qui peuvent s’y attacher", rappelle M. Touvet.
Ainsi, "si la poursuite des investigations devait établir que le crime a été commis à raison de l'orientation sexuelle de la victime, cette circonstance aggravante supplémentaire pourrait être retenue au cours de l'information", a-t-il expliqué.
Selon une source policière, l'agression est venue d'un motif futile, entre deux groupes qui avaient dans une premier temps sympathisé, avant que les mis en cause ne s'énervent et demandent à la victime et ses amis d'effacer des vidéos qu'ils avaient pris d'eux en train de danser.
Plusieurs voix s'étaient élevées, au lendemain de l'agression, pour dénoncer une motivation homophobe, et notamment SOS Homophobie ou encore l'association messine Couleurs Gaies, qui a été à l'initiative d'un rassemblement organisé le 2 juin à Metz, jour du décès du jeune homme des suites de ses blessures.
La semaine dernière, le candidat insoumis à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon a évoqué, dans un message sur X, "une agression homophobe" à propos du meurtre de Noahm.
Le lendemain, dans une tribune publiée dans Libération, Julia Torlet, co-présidente de SOS Homophobie, a réclamé au nom de l'association "une minute de silence à l’Assemblée pour Noahm, 19 ans, tué parce que gay".
Elle a été observée mardi, également pour Lyhanna et un gendarme tué dans l'accident d'un hélicoptère dimanche.
"L'émotion de la nation est très vive après le meurtre de Noahm, victime d'un véritable lynchage dans les rues de Metz. Noahm avait 19 ans. Il rentrait simplement d'une soirée entre amis. Dans notre République, personne, absolument personne, ne devrait être insulté, harcelé, tué, pour être qui il est, pour simplement aimer", a déclaré la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.
Pour les parents de Noahm, "apolitiques", cette minute de silence serait "intéressante" seulement "si elle permettait à ce qu'on n'arrive plus à ce genre de situation, à ces accès de violence de la part de jeunes".