Une équipe de RTL a parcouru lundi, avec le garde forestier de Verviers, Yves Pieper, la zone de 26 kilomètres carrés où la tourbe et les forêts ont brûlé pendant sept semaines. La première tempête automnale ce week-end a montré à quel point les forêts sur place sont fragilisées.
Comme des allumettes emportées par le vent, des arbres sont tombés dans la nuit de vendredi à samedi. Il s'agit d'arbres adultes dont les racines ont été rongées pendant des semaines par le feu qui couvait dans la tourbe. La forêt continue de mourir peu à peu sur les hauteurs des Hautes Fagnes. Au total, 34 kilomètres carrés sont touchés, dont 26 ont brûlé.
"On voit encore ici les plaques racinaires et les épicéas poussaient sur une fine couche de tourbe. Celle-ci a complètement brûlé. On voit maintenant que ces plaques racinaires tiennent comme sur des échasses," explique le garde forestier de Verviers, Yves Pieper, qui nous a emmenés sur une parcelle où des arbres avaient été abattus en juillet, peu avant le grand incendie. On y observe de manière spectaculaire comment le feu a progressivement consumé la tourbe en profondeur.
Cette tourbe, qui s'était formée au fil des siècles, a été détruite par les flammes cet été.
Yves Pieper explique : "Il s’agit de la tige allongée de la mousse qui ne se décompose pas. Parce qu’il fait trop humide, que le milieu est trop acide, trop froid. Cette absence de décomposition forme très lentement la tourbe. La formation de la tourbe est de l'ordre d’environ 1 millimètre par an. Ainsi, une couche de tourbe d’un mètre d’épaisseur correspond à 1.000 ans de non-décomposition de cette mousse de tourbe."
Cet été, l’incendie a détruit de la tourbe âgée de 400 à 600 ans. Il a également endommagé le système qui régule l’écoulement de l’eau du plateau vers la vallée de la Vesdre, où de dramatiques inondations s’étaient produites en 2021.
"Avec environ 40 morts ici. Toute cette eau est censée être ralentie ici, dans la partie supérieure de la forêt et de la réserve naturelle. Or, la couverture végétale de la réserve a évidemment disparu. C’est très problématique, car l’eau peut désormais s’écouler librement et dévaler la vallée sans être freinée", explique le garde forestier.
Un exemple parmi d’autres montrant à quel point l’ensemble de l’écosystème, situé à quelque 700 mètres d’altitude, a été profondément bouleversé.
Habituellement, à cette période de l’année, on peut admirer la bruyère en fleur ainsi que toute la palette des couleurs automnales. Là où le grand incendie a eu lieu, l’herbe a certes recommencé à pousser. Toutefois, la diversité des plantes et des petits animaux a énormément souffert. Le cerf élaphe et, avec lui, le loup sont cependant revenus.
"Nous avons quatre meutes sur le haut plateau des Hautes Fagnes. Les loups sont restés dans la région et ils suivent également les herbivores. On voit donc très souvent des traces de cerfs élaphes et, derrière elles, des traces de loups qui suivent leurs proies."
Un important travail attend encore Yves Pieper et ses équipes. Les chemins forestiers doivent être réparés, les landes réensemencées et de nouvelles forêts mixtes replantées.
"Nous avions eu un immense incendie en 1911 et ses conséquences sur la végétation étaient encore visibles en 1980. Il peut donc falloir jusqu’à 70 ans pour que la végétation redevienne telle qu’elle était à l’origine", conclut Yves Pieper.
Depuis le week-end dernier, une partie des sentiers du plateau est de nouveau accessible. Maintenant que les vacances ont commencé en Belgique, les touristes reviennent également. Toutefois, tous les chemins du plateau des Hautes Fagnes ne sont pas encore rouverts.