
Si vous aimez la chasse aux produits de seconde main, il y a bien sûr les brocantes et vide-greniers. Mais il y a aussi la possibilité de le faire bien au chaud, avec des rayons entiers à prix cassés.
C’est le cas au magasin d’Emmaüs, à Thionville. Un lieu qui attire une clientèle très variée, selon les heures de la journée. “Les matins, vous pouvez être sûr qu’il y aura en premier les brocanteurs et chineurs” sourit David Morgante, le responsable du magasin. “Ils cherchent les bonnes affaires, les pièces rares. Ça fait partie du jeu, et de toute façon ils paient le même prix que tout le monde, car on ne négocie pas ici”.

Et des raretés, David en a vu passer, depuis le temps qu’il travaille là : “Je me rappelle, un jour, on a reçu le tout premier Thermomix, qui datait des années 70!” Il se souvient aussi “d’un jeu de boules de pétanque lyonnaises, en bois clouté, des années 1900. Les collectionneurs se sont bousculés.” Il y a aussi les particuliers qui donnent de vrais trésors, comme des vases Daum, des émaux de Longwy, des ouvrages rares...
Mais c’est évidemment l’exception. La majeure partie des dons sont des objets du quotidien. “C’est avant tout destiné à ceux qui veulent se meubler, s’habiller, trouver des jeux ou de la vaisselle à petit prix” résume David.
Nous nous rendons au hangar situé à côté du magasin. C’est là que les particuliers viennent déposer les objets dont ils veulent se séparer. Ce sont surtout “des vêtements, jouets, livres, bibelots... et beaucoup de gadgets” nous répond la bénévole Christine, présente trois fois par semaine.
A ses côtés, on rencontre Didier, en contrat d’insertion à Emmaüs, grâce à Pole Emploi. Il est ravi : “C’est une super équipe, on rigole bien.” Et les rapports avec la clientèle? “Ça va. Il y a parfois quelques énergumènes, ou des gens qui trouvent tout trop cher, mais bon, il y a des râleurs partout”.

Direction ensuite la boutique. On est accueilli par Jean-Paul, bénévole depuis près d’une décennie à Emmaüs. “J’ai tout fait ici, la vaisselle, le tri, etc. Maintenant je suis à la caisse”. En ce moment, période post-Noël oblige, “on est envahi de jouets.” Certains sont donc bradés à -50% pour écouler le stock.
Le rayon meubles promet aussi de sacrés remises : “on reçoit parfois des dons de grandes enseignes de l’ameublement” explique David. Des produits parfois “bradés au quart du prix”. Il nous montre par exemple un canapé relax électrique jamais utilisé : “dans le commerce, il serait vendu 4.000 euros neuf. Nous, on le vend à 1.000 €”.

Mais le rayon qui cartonne le plus, c’est celui des vêtements : “Le textile, c’est la moitié de l’activité de notre magasin. Surtout les vêtements pour les femmes” explique David. Et il faut faire un sérieux tri avant de mettre en rayon ! “Il y a ceux qui essaient de essaient de revendre d’abord sur des sites comme Vinted, et s’ils échouent, ils viennent ici.” Il y a aussi leur bête noire : les vêtements issus de la fast-fashion : “Les vêtements qui viennent de Shein, Primark, etc ., parfois, on n’arrive pas à les mettre sur cintre tellement les textiles sont déformés.”

Mais attention, “il y a aussi des gens qui donnent de très belles choses.” Car si les prix des autres produits à Emmaüs sont, “en général, assez similaires à ceux qu’on peut trouver dans une brocante”, c’est moins le cas pour les textiles, “car on n’est pas des chiffonniers qui peuvent vendre pour quelques centimes, et il y a un travail derrière. On a même des bénévoles qui recousent les vêtements qui en valent la peine”. Car oui, on peut trouver des robes, manteaux ou sacs à main de marques au milieu du “tout-venant”.
Résultat, “les clients viennent parfois de loin, Longwy, Boulay”, et même du Luxembourg voisin, pour donner ou acheter dans la boutique.
Quand on parle d’Emmaüs, on peut difficilement omettre de mentionner son fondateur : l’abbé Pierre. Hélas, depuis 2024, le voile est tombé sur cette figure iconique de la charité française.

L’homme, décédé en 2007, a été visé par des dizaines d’accusations d’agressions sexuelles, dont plusieurs sur des mineurs. Un effroyable scandale, qui n’a pas épargné la structure Emmaüs de Thionville : “C’était un choc terrible pour tout le monde” soupire David. “Il faut imaginer qu’ici, on avait la tête de l’abbé Pierre accrochée partout, sur les murs du magasin! J’ai failli perdre des bénévoles quand c’est arrivé. Heureusement, en discutant, ils ont compris qu’ici, on est loin de ça, qu’on œuvre pour la bonne cause. Mais c’est vrai que dans les mois après le scandale, la qualité des dons a baissé, il a fallu du temps pour que ça revienne à la normale”.
Les clients semblent en effet avoir fait la part des choses entre l’abbé Pierre et Emmaüs : “Moi, je donne parce que je ne veux pas que ça finisse à la déchetterie, et puis parce que ça me fait plaisir de savoir que des gens dans le besoin pourront acheter pour pas cher mes affaires” explique Claudia, une cliente croisée au rayon vaisselle. Un principe d’économie circulaire qui permettra de financer les activités de l’association, et notamment de couvrir les frais liés à l’accompagnement de personnes (logement, nourriture, réinsertion…).
Il est bientôt 17h30, la boutique va fermer. Les clients règlent leurs derniers achats, s’attardent un peu. Certains ne sont que de passage : “Des gens viennent parfois juste pour papoter avec les bénévoles. On voit aussi des camionnettes d’entreprises faire des haltes pour boire un café...” Ici, conclut David, “c’est aussi un lieu de vie”.