
Robots, voitures autonomes et modèles d'intelligence artificielle à bas prix : la "tech" chinoise tient le haut de l'affiche au Web Summit, grand-messe de l'économie numérique, qui s'ouvre lundi à Lisbonne, au moment où l'Europe repense ses dépendances technologiques.
"Le futur de la tech paraît de plus en plus chinois", a écrit sur LinkedIn Paddy Cosgrave, le fondateur de l'événement qui doit réunir du 9 au 12 novembre plus de 70.000 participants, dont 10.000 start-up et 1.500 investisseurs.
Des responsables de géants comme Tencent et Xiaomi sont attendus sur scène tout comme des représentants de l'avant-garde chinoise de la robotique et de l'intelligence artificielle, comme Agibot et Moonshot AI.
Figurent aussi Tao Zhang, cofondateur de Manus AI, pépite chinoise de l'IA que Meta a essayé de racheter sans succès, Li Chen, cofondateur d'Unitree, champion chinois de la robotique ou encore Leo Haojun Wang, cofondateur de Pony.ai, société chinoise qui fournit le cerveau IA de milliers de robotaxis déployés en Chine et depuis peu en Europe.
Confrontée à une consommation intérieure en berne et tenue à l'écart de certains pans du marché américain pour des raisons de sécurité nationale, la tech chinoise "n'a pas 36 solutions, le marché vers lequel exporter, c'est l'Europe", décrypte auprès de l'AFP Thomas Husson, analyste indépendant.
La Chine est de plus "largement en avance" dans de nombreux domaines, dont l'IA physique et les robots humanoïdes, selon cet expert. "Cela touche toutes les couches de la tech, de la voiture autonome aux onduleurs photovoltaïques qui sont nécessaires dans les réseaux électriques, avec des prix qui défient toute concurrence", ajoute-t-il.
Les modèles d'IA chinois à poids ouverts, c'est-à-dire téléchargeables gratuitement et partiellement modifiables en opposition aux modèles de pointe américains fermés comme ceux d'Anthropic et OpenAI, séduisent eux de plus en plus les entreprises européennes.
Des grands groupes français comme l'opérateur télécoms Orange, le constructeur Renault, et l'Allemand Siemens, ont déclaré publiquement utiliser des modèles d'IA chinois tels Deepseek et Qwen d'Alibaba, en complément d'autres modèles américains ou européens.
Deux raisons principales émergent : le rapport coût-performance et l'indépendance.

"Les modèles chinois ont six mois de retard sur les modèles les plus avancés américains, donc toute grande entreprise peut attendre six mois pour avoir accès à la même puissance tout en payant dix fois moins cher, voire cent fois moins cher selon les cas", explique à l'AFP Amaury Delplancq, directeur général Europe de Dataiku, entreprise franco-américaine spécialisée dans la gestion des données.
La plupart des modèles chinois peuvent par ailleurs être déployés sur l'infrastructure existante des entreprises européennes qui y voient une garantie de maîtrise des données et des coûts.
"Les entreprises européennes et françaises sont en train d'analyser et de cartographier leurs dépendances", et "l'idée est de pas mettre tous les œufs dans le même panier", résume Thomas Husson, surtout au moment où les tensions géopolitiques sont vives.
L'Union européenne a ainsi pris conscience cet été que les États-Unis pouvaient couper à tout moment l'accès à leurs technologies. Washington a en effet contraint la start-up américaine Anthropic à couper pendant plusieurs semaines l'accès de ses modèles les plus puissants à tout ressortissant étranger.
Nul doute que la commissaire européenne chargée du numérique, Henna Virkkunen, évoquera la question de la souveraineté technologique européenne et de la régulation lors de son intervention au Web Summit mardi.
"La friction avec les États-Unis est en train de se transformer en avantage pour les acteurs chinois", observe Dario Maisto, analyste chez Forrester. "Mais attention à ne pas remplacer une dépendance aux géants américains par une autre dépendance (...) car si vous avez un problème de souveraineté, cela revient à déplacer le problème, pas à le résoudre", met toutefois en garde l'expert.
Mi-octobre, Pékin a notamment dit envisager des contrôles à l'exportation sur ses technologies d'IA les plus avancées, tout en excluant de ces mesures les modèles ouverts afin de ne pas trop freiner leur expansion internationale.