
Lancé le 4 février 2004 par Mark Zuckerberg et ses camarades de l’université d’Harvard, Facebook, d’abord interne à l’université, compte aujourd’hui 2,2 milliards d’utilisateurs dans le monde, un bon quart de l’humanité, avec cinq nouveaux comptes créés chaque seconde ou 300 millions de photos publiées chaque jour.
L’entreprise vaut 500 milliards de dollars en Bourse et engrange 22 milliards de bénéfice net annuel. Mais cette incroyable “success story” connaît depuis 2 ans, un flot quasi ininterrompu de scandales et de révélations autour des méthodes du réseau social, dont les revenus proviennent de la publicité.

La liste des critiques est longue: élus inquiets de la désinformation qui pullule sur la plateforme, défenseurs de la vie privée qui s’insurgent de la collecte toujours plus massive de données personnelles pour en tirer profit, et même défenseurs des droits humains.
Le réseau doit aussi faire face à une image de ce que les jeunes considèrent comme un “réseau pour les parents”. Il a acquis à grand frais Instagram ou WhatsApp et a ainsi pu capter un public plus jeune.
“Après les problèmes de 2018, Facebook n’est plus encensé pour ses innovations. Ses moindres faits et gestes sont scrutés et critiqués”, remarque Debra Aho Williamson, analyste chez eMarketer. “A 15 ans, Facebook doit faire face à la maturité, ce n’est plus un débutant”.
Ces derniers mois, Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg, la très puissante numéro deux du groupe, à l’origine de ce modèle économique ultra-efficace, se sont lancés dans une véritable campagne de contrition, promettant de “faire mieux et plus vite” pour combattre la désinformation ou les appels à la haine.
L’entreprise dépense des milliards de dollars pour assainir la plateforme, avec des systèmes automatiques, mais aussi via des recrutements: 30.000 personnes sont aujourd’hui chargées des questions de sécurité, de confidentialité...
Et malgré les critiques sur sa gestion des données personnelles, hors de question de changer de modèle: le service est gratuit grâce à la publicité, ciblée finement au travers des données personnelles collectées et moulinées par les algorithmes de Facebook. Et ça marche: le nombre d’utilisateurs continue d’augmenter, les annonceurs sont toujours là.
L’auteur et analyste Josh Bernoff est plus dubitatif. “Le capitalisme nous a appris à redoubler de vigilance quand des entreprises qui ont énormément de pouvoir nous disent qu’elles font ce qui est le mieux pour vous”, dit-il.
L’histoire est jonchée d’entreprises qui hier semblaient être incontournables avant de disparaître. Pour Facebook, ce danger peut venir d’un changement dans la façon dont les gens utilisent et interagissent avec les appareils électroniques.
Josh Bernoff se demande par exemple si Facebook se prépare à l’ascension fulgurante des enceintes intelligentes que proposent par exemple Google ou encore Amazon. “Le futur va appartenir de plus en plus à la voix, et aux entreprises et individus interagissant par le biais de l’intelligence artificielle”, souligne l’analyste.
Et d’ajouter: “Il n’est pas certain qu’il y ait une place pour Facebook à mesure que les gens changent leur manière d’interagir avec le reste du monde”.